
Le superviseur publie les deux secteurs dans le même document, à cinquante pages d'écart, sans jamais les rapprocher. Mis côte à côte, leurs chiffres racontent une histoire différente de celle que chacun raconte séparément.
Un avantage qui disparaît après provisions
La microfinance ouest-africaine améliore la qualité de son portefeuille. Son taux brut de dégradation revient de 6,0 % à 5,5 % des crédits bruts sur l'exercice, et l'encours de créances en souffrance recule de 7,5 %, à 141,4 milliards de FCFA.
Les banques font moins bien sur ce terrain. Leur taux brut se tient à 9,1 %, contre 9,3 % un an plus tôt, et leurs créances en souffrance brutes progressent de 3,2 %, à 3 721,2 milliards de FCFA. Sur le seul indicateur de dégradation brute, l'écart est donc franchement à l'avantage des institutions de microfinance.
Il s'inverse dès qu'on regarde ce qui est provisionné.
- Banques et établissements de crédit58.9
- Institutions de microfinance23.6
Provisions constituées rapportées aux créances en souffrance brutes. Source : Commission bancaire de l'UMOA, rapport annuel 2025.
Les banques ont constitué 2 190,6 milliards de FCFA de provisions face à 3 721,2 milliards de créances en souffrance. Les institutions de microfinance en ont constitué 33,4 milliards face à 141,4 milliards. Le premier secteur couvre près de six impayés sur dix, le second moins d'un sur quatre.
Le résultat de cette différence est net : une fois les provisions déduites, le taux de dégradation du portefeuille de la microfinance ressort à 4,3 %, celui des banques à 4,0 %. Les deux secteurs se rejoignent. L'avantage apparent de la microfinance sur la qualité brute de son portefeuille est entièrement absorbé par son moindre provisionnement.
📘 Pour comprendre : provisionner une créance
Provisionner, c'est enregistrer en charge une perte probable avant qu'elle ne soit constatée. L'institution reconnaît qu'une partie de ses créances en souffrance ne rentrera pas, et l'inscrit dans ses comptes.
Concrètement : sur cent francs d'impayés, une banque de l'Union en a passé près de cinquante-neuf en provisions. Une institution de microfinance, moins de vingt-quatre. Les soixante-seize francs restants sont encore comptés comme des actifs.
Pourquoi ça compte : une créance non provisionnée qui finit par être perdue frappe directement les fonds propres au moment où elle est passée en pertes. Le provisionnement étale ce choc au lieu de le concentrer.
Du simple au triple selon le pays
L'agrégat de 5,5 % recouvre des situations nationales très écartées, dans un rapport de un à trois entre les deux extrêmes de l'Union.
- Togo8.8
- Niger6.8
- Burkina6.4
- Côte d'Ivoire6.3
- Mali6.2
- Bénin5.3
- Sénégal3
Créances en souffrance brutes rapportées aux crédits bruts. Source : Commission bancaire de l'UMOA, rapport annuel 2025.
Le Togo affiche le portefeuille le plus dégradé de l'Union, à 8,8 %, un niveau proche de celui du secteur bancaire régional. Le Sénégal affiche le meilleur, à 3,0 %, soit près de trois fois mieux.
Entre les deux, cinq pays se tiennent dans une fourchette resserrée, de 5,3 % au Bénin à 6,8 % au Niger. Quatre d'entre eux sont au-dessus de la moyenne de l'Union, ce qui s'explique par le poids du Sénégal dans l'agrégat régional : il porte 26,5 % des actifs de la zone et tire la moyenne vers le bas.
Ces écarts ne recoupent pas ceux de la solvabilité. Le Togo, dernier sur la qualité du portefeuille, est le seul pays dont les institutions dépassent la norme de capitalisation, à 15,1 %. Le Sénégal, premier sur le portefeuille, reste sous cette norme à 14,5 %. Bien tenir ses impayés et bien se capitaliser sont deux exercices distincts, et aucun pays de l'Union ne réussit les deux.
Que risque un secteur qui provisionne peu ?
Un taux de provisionnement bas n'est pas en soi une faute de gestion. Il peut traduire des garanties jugées solides, une antériorité d'impayés courte, ou des règles comptables appliquées avec moins de sévérité.
Mais il place le secteur dans une position particulière au moment où sa base de capital se contracte. Les fonds propres des institutions de microfinance de l'Union sont passés de 544,2 à 438,2 milliards de FCFA en un an, un recul qui a fait passer leur ratio de capitalisation sous le seuil prudentiel, à 9,4 % pour une norme de 15 %.
Les 108 milliards de créances en souffrance non provisionnées représentent, dans ce contexte, près d'un quart des fonds propres du secteur. Si une part significative de ces encours devait être passée en pertes, elle frapperait un matelas déjà réduit.
Le mouvement va toutefois dans le bon sens. Le taux de provisionnement de la microfinance progresse sur l'exercice, de 20,8 % à 23,6 %, tandis que celui des banques se stabilise autour de 58,9 %, après 58,4 % en 2024 et 60,9 % en 2023.
Les chiffres clés à retenir
| Indicateur | Microfinance | Banques | Source |
|---|---|---|---|
| Taux brut de dégradation | 5,5 % | 9,1 % | Commission bancaire de l'UMOA |
| Taux net de dégradation | 4,3 % | 4,0 % | Commission bancaire de l'UMOA |
| Taux de provisionnement | 23,6 % | 58,9 % | Commission bancaire de l'UMOA |
| Créances en souffrance brutes | 141,4 Md FCFA | 3 721,2 Md FCFA | Commission bancaire de l'UMOA |
| Provisions constituées | 33,4 Md FCFA | 2 190,6 Md FCFA | Commission bancaire de l'UMOA |
| Créances en souffrance nettes | 108,0 Md FCFA | 1 530,6 Md FCFA | Commission bancaire de l'UMOA |
Situation au 31 décembre 2025. Chiffres de la microfinance provisoires.
Questions fréquentes
Quel est le taux d'impayés de la microfinance dans l'UEMOA ?
Le taux brut de dégradation du portefeuille s'établit à 5,5 % des crédits bruts au 31 décembre 2025, contre 6,0 % un an plus tôt. L'encours de créances en souffrance atteint 141,4 milliards de FCFA, en recul de 7,5 %.
Quel pays de l'UEMOA a le plus d'impayés en microfinance ?
Le Togo, avec 8,8 % de portefeuille dégradé. Suivent le Niger à 6,8 %, le Burkina à 6,4 %, la Côte d'Ivoire à 6,3 %, le Mali à 6,2 % et le Bénin à 5,3 %. Le Sénégal affiche le meilleur taux de l'Union, à 3,0 %.
La microfinance a-t-elle un meilleur portefeuille que les banques ?
En brut oui, 5,5 % de dégradation contre 9,1 %. En net, l'écart disparaît : après déduction des provisions, la microfinance ressort à 4,3 % et les banques à 4,0 %. Les banques provisionnent 58,9 % de leurs impayés, la microfinance 23,6 %.
Qu'est-ce que le taux de provisionnement des créances en souffrance ?
C'est le rapport entre les provisions constituées et les créances en souffrance brutes. Il mesure la part des impayés qu'une institution a déjà reconnue comme probablement perdue dans ses comptes.

À propos de l'auteur
Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.
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