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Capitalisation à 9,4 % : la microfinance UEMOA sous son seuil prudentiel

Le ratio de capitalisation des institutions de microfinance de grande taille de l'UEMOA est tombé de 13,0 % à 9,4 % en un an, pour une norme réglementaire fixée à 15 %, selon le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l'UMOA publié le 21 août 2026. Les fonds propres du secteur ont reculé de 106 milliards de FCFA sur l'exercice, alors que son bilan progressait de 11,5 %.

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Capitalisation à 9,4 % : la microfinance UEMOA sous son seuil prudentiel
Crédit photo : Microfin Times

Le secteur a pourtant renoué avec le bénéfice en 2025. Son résultat net est passé d'une perte de 1,9 milliard de FCFA à un gain de 35,6 milliards, et la qualité de son portefeuille s'est améliorée. Ces deux progrès n'ont pas empêché sa base de fonds propres de se contracter d'un cinquième. Le rapport, dont les chiffres 2025 sont donnés comme provisoires, porte sur les 293 institutions dont la Commission bancaire assure directement la supervision.

106 milliards de fonds propres en moins

Les fonds propres prudentiels des institutions de microfinance de grande taille sont revenus de 544,2 milliards de FCFA au 31 décembre 2024 à 438,2 milliards un an plus tard. Le recul atteint 19,5 % sur douze mois.

Dans le même temps, le total des actifs de ces institutions a progressé de 11,5 %, à 4 661,5 milliards de FCFA. Le ratio de capitalisation rapporte le premier montant au second : il passe donc de 13,0 % à 9,4 %, sous l'effet conjoint des deux mouvements.

Fonds propres et total de bilan, indice base 100 au 31 décembre 2024
  • Fonds propres prudentiels
    80.5
  • Total de bilan
    111.5

Les deux agrégats évoluent en sens contraire sur l'exercice 2025. Source : Commission bancaire de l'UMOA, rapport annuel 2025.

Le rapport publie une seconde série, celle des fonds propres nets inscrits au bilan, qui recule plus modérément : 506,3 milliards de FCFA fin 2025 contre 541,9 milliards fin 2024, soit une baisse de 6,6 %. C'est la première série, prudentielle, qui sert d'assiette au ratio et détermine la conformité de chaque institution. La part des fonds propres nets dans l'ensemble des ressources mobilisées suit la même pente, de 18,2 % à 14,7 %, tandis que ces ressources progressaient de 15,7 % pour atteindre 3 445,7 milliards de FCFA.

📘 Pour comprendre : la norme de capitalisation

La norme de capitalisation mesure la part du bilan qu'une institution finance sur ses fonds propres plutôt que sur l'argent de ses membres et de ses prêteurs. Le dispositif prudentiel applicable aux institutions de microfinance de l'Union fixe ce plancher à 15 %.

Concrètement : une institution capitalisée à 9 % dispose de 9 francs de fonds propres pour 100 francs de bilan. Une perte de 10 francs efface ses fonds propres et entame les dépôts qui lui ont été confiés.

Pourquoi ça compte : c'est la norme qui protège l'épargnant. En dessous du seuil, une dégradation du portefeuille se répercute directement sur les dépôts, sans matelas pour l'absorber.

Une institution sur deux respecte la norme

Cent quarante-neuf institutions sur 293 affichaient un ratio supérieur ou égal à 15 % au 31 décembre 2025, soit 50,9 % des déclarants. Elles étaient 53,8 % à respecter le seuil un an plus tôt.

Le poids de ce groupe conforme s'est réduit sur les deux mesures que publie le superviseur. Ces institutions concentrent 61,9 % des actifs du secteur, contre 66,1 % en 2024, et 71,1 % des risques portés, contre 68,2 %. Autrement dit, le tiers du bilan logé chez des institutions sous-capitalisées s'est étoffé en un an.

Les 144 institutions en deçà du seuil ne forment pas un bloc homogène. Elles rassemblent 38,1 % des actifs et 28,9 % des risques portés : leur exposition au risque de crédit est proportionnellement plus faible que leur taille, ce qui distingue une sous-capitalisation d'origine structurelle d'une fragilité liée aux encours.

Le Togo seul pays au-dessus du seuil

Le ratio agrégé de 9,4 % recouvre des situations nationales très écartées. Le Togo est le seul des sept pays où les institutions de microfinance de grande taille dépassent, en moyenne, la norme de 15 %.

PaysRatio de capitalisationInstitutions conformesSource
Togo15,1 %19Commission bancaire de l'UMOA
Mali14,7 %14Commission bancaire de l'UMOA
Sénégal14,5 %53Commission bancaire de l'UMOA
Burkina14,0 %32Commission bancaire de l'UMOA
Bénin8,3 %20Commission bancaire de l'UMOA
Côte d'Ivoire-1,2 %10Commission bancaire de l'UMOA
Niger-100,5 %1Commission bancaire de l'UMOA
UMOA9,4 %149Commission bancaire de l'UMOA

Ratios au 31 décembre 2025, chiffres provisoires. Le nombre d'institutions conformes est celui du tableau croisant les huit normes prudentielles et les sept pays.

Institutions conformes à la norme de capitalisation, par pays, au 31 décembre 2025
  • Sénégal
    53
  • Burkina
    32
  • Bénin
    20
  • Togo
    19
  • Mali
    14
  • Côte d'Ivoire
    10
  • Niger
    1

Sur 293 institutions supervisées, 149 affichent un ratio d'au moins 15 %. Source : Commission bancaire de l'UMOA, rapport annuel 2025.

Quatre pays se tiennent juste sous la norme, entre 14,0 % et 14,7 %. Deux en sont très loin, et pour une raison que le superviseur précise dans les deux cas. Le ratio ivoirien, négatif à -1,2 %, tient à la situation de plusieurs institutions appartenant à un même réseau. Celui du Niger, à -100,5 %, est fortement influencé par les fonds propres d'un seul établissement, sur un marché qui n'en compte que quatre sous supervision communautaire.

Ces deux ratios agrégés disent donc davantage l'état d'une poignée d'acteurs que celui de leur marché national. Le nombre d'institutions conformes corrige la lecture : la Côte d'Ivoire en compte dix, le Bénin vingt, alors que leurs ratios moyens séparent nettement les deux pays.

L'écart se lit aussi à l'échelle du continent. Rapportés au bilan, les fonds propres des établissements de microfinance de la zone CEMAC ressortent à 13,7 % sur l'exercice 2024, d'après le baromètre comparé des deux zones établi par Microfin Times à partir des agrégats des deux superviseurs. Les deux régulateurs n'appliquent toutefois pas la même assiette : la réglementation de l'Afrique centrale assoit ses ratios de solvabilité sur les risques pondérés, non sur le total de bilan.

Un bénéfice qui ne recapitalise pas

Le retour au bénéfice n'a pas reconstitué les fonds propres, et la composition du résultat explique pourquoi.

Sur les 35,6 milliards de FCFA de résultat net, le résultat d'exploitation ne pèse que 13,1 milliards. Le résultat exceptionnel en apporte 31,2 milliards, dont 22,4 milliards issus de la récupération de créances déjà amorties, c'est-à-dire d'encours que les institutions avaient sortis de leur bilan et qui sont finalement rentrés.

Les ratios de rendement confirment que l'exploitation ne dégage pas encore de quoi reconstituer les fonds propres. La rentabilité des fonds propres s'établit à 2,1 % pour une norme minimale de 15 %. L'autosuffisance opérationnelle, qui rapporte les produits d'exploitation aux charges d'exploitation, atteint 81,2 % pour une norme de 130 %. Le coefficient d'exploitation s'améliore, de 81,9 % à 79,5 %, mais reste au-dessus des plafonds fixés par le superviseur.

Le portefeuille, lui, se tient mieux. Le taux brut de dégradation revient de 6,0 % à 5,5 % des crédits bruts, et l'encours de créances en souffrance recule de 7,5 %, à 141,4 milliards de FCFA. C'est la seule des grandes séries du secteur à évoluer favorablement sur les deux exercices.

Que risque une institution sous le seuil de capitalisation ?

La norme de capitalisation est l'une des huit normes prudentielles applicables aux institutions de microfinance de l'UEMOA. Son non-respect n'entraîne pas de sanction automatique, mais il alimente la notation interne que la Commission bancaire attribue à chaque assujetti, laquelle détermine la fréquence des contrôles.

Le superviseur dispose ensuite d'une échelle graduée. L'injonction ordonne une correction dans un délai fixé. Viennent après les sanctions disciplinaires, de l'avertissement au blâme, et les sanctions pécuniaires. La surveillance rapprochée et l'administration provisoire ferment la marche pour les situations les plus dégradées.

En 2025, la Commission a mené 36 missions de vérification sur place auprès d'institutions de microfinance de grande taille, sur 82 missions tous établissements confondus. Elle a placé deux institutions sous surveillance rapprochée et prorogé le mandat des administrateurs provisoires de trois autres, au Burkina, en Côte d'Ivoire et au Mali.

Les chiffres clés à retenir

IndicateurValeurDateSource
Ratio de capitalisation9,4 %31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Norme réglementaire15 % minimum31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Fonds propres prudentiels438,2 Md FCFA31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Fonds propres un an plus tôt544,2 Md FCFA31/12/2024Commission bancaire de l'UMOA
Total de bilan4 661,5 Md FCFA31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Institutions conformes149 sur 29331/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Résultat net35,6 Md FCFA31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Taux brut de dégradation5,5 %31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA

Questions fréquentes

Quel est le ratio de capitalisation de la microfinance en UEMOA ?

Il s'établit à 9,4 % au 31 décembre 2025 pour les institutions de microfinance de grande taille de l'Union, contre 13,0 % un an plus tôt. La norme réglementaire est fixée à 15 % minimum, selon le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l'UMOA.

Combien d'institutions de microfinance respectent la norme de capitalisation ?

Cent quarante-neuf institutions sur 293, soit 50,9 % des déclarants, affichaient un ratio d'au moins 15 % fin 2025. Elles représentent 61,9 % des actifs du secteur et 71,1 % des risques portés.

Pourquoi les fonds propres reculent-ils alors que le secteur est bénéficiaire ?

Le résultat net de 35,6 milliards de FCFA repose pour 31,2 milliards sur un résultat exceptionnel, dont 22,4 milliards de récupérations sur créances amorties. Le résultat d'exploitation ne s'élève qu'à 13,1 milliards, pour une rentabilité des fonds propres de 2,1 %.

Quelles institutions de microfinance la Commission bancaire supervise-t-elle ?

Celles dont l'encours de dépôts ou de crédits atteint 2 milliards de FCFA au terme de deux exercices consécutifs. Elles étaient 293 au 31 décembre 2025. En dessous de ce seuil, la supervision revient au ministère chargé des Finances de chaque État.

Quel pays de l'UEMOA respecte la norme de capitalisation ?

Le Togo, avec un ratio moyen de 15,1 %. Le Mali (14,7 %), le Sénégal (14,5 %) et le Burkina (14,0 %) se situent juste en dessous. Le Bénin affiche 8,3 %, la Côte d'Ivoire -1,2 % et le Niger -100,5 %.

Oumarou Sanda

À propos de l'auteur

Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.

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