
Quatre institutions de microfinance ont obtenu en 2025 l'agrément pour exercer une activité de finance islamique dans l'espace UEMOA, dont deux à titre exclusif, selon le rapport annuel 2025 de la BCEAO, publié le 22 juillet dernier. L'Union compte désormais 21 institutions de finance islamique, contre seulement deux en 2018.
La finance islamique en quelques mots
La finance islamique repose sur des principes tirés du droit musulman, tels que les définit la BCEAO : pas d'intérêt fixe payé ou perçu (riba), pas de spéculation excessive, et un financement adossé à un actif ou à un partage réel de profits et de pertes entre la banque et son client. Concrètement, au lieu d'un prêt classique avec un taux d'intérêt, un établissement islamique peut par exemple acheter le bien que le client souhaite acquérir puis le lui revendre avec une marge convenue à l'avance (mourabaha), ou entrer en partenariat sur un projet en partageant les gains et les risques (moudaraba). Ces produits s'adressent aussi bien aux particuliers qu'aux entrepreneurs qui souhaitent un financement conforme à leurs convictions religieuses.
Pourquoi le nombre d'institutions de finance islamique progresse-t-il dans l'UEMOA ?
Selon l'Agence Ecofin, qui a été la première à relayer ces chiffres, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) précise dans son rapport annuel que l'Union économique et monétaire ouest-africaine comptait 21 institutions de finance islamique (banques et microfinances confondues) à fin décembre 2025, contre seulement deux en 2018. La BCEAO indique avoir poursuivi son accompagnement technique des promoteurs de projets, en particulier sur l'amélioration de la qualité et de la conformité des dossiers d'agrément.
Ce résultat contraste avec l'année 2024, durant laquelle plusieurs demandes avaient été examinées sans qu'aucun agrément ne soit finalement délivré, les promoteurs ayant été invités à compléter leurs dossiers.
Un cadre réglementaire encore en construction
La banque centrale poursuit en parallèle l'adaptation de son cadre réglementaire. Les travaux en cours portent sur les textes d'application des lois uniformes sur la réglementation bancaire et la microfinance, adoptées par le Conseil des ministres de l'UEMOA en 2023. La BCEAO prévoit également, au cours de l'année 2026, la création d'un Conseil de conformité central à l'échelle régionale, chargé d'harmoniser la gouvernance de la conformité des produits et opérations de finance islamique entre les huit pays de l'Union.
Ce que documentait déjà un rapport de référence en 2024
Dans un entretien accordé à l'Agence Ecofin en janvier 2024, Abbas Chérif, consultant mauritanien en finance islamique et co-auteur avec le consultant camerounais Abdul Rahaman Fifen du rapport « Etat des lieux de la finance islamique en zone UEMOA et CEMAC, édition 2023 », précisait qu'entre 2018 et 2022, le nombre de banques entièrement islamiques était resté stable à deux dans la zone UEMOA, tandis que celui des institutions de microfinance entièrement islamiques était passé de une à sept. Ces deux banques étaient détenues par Tamweel Africa Holding, dont les actionnaires incluent la Banque islamique de développement et la Société islamique pour le développement du secteur privé, alors que les nouvelles institutions de microfinance islamique étaient pour la plupart portées par des investisseurs originaires de la région.
Abbas Chérif plaidait pour un renforcement, plutôt qu'une réforme, du cadre réglementaire de la finance islamique en zone UEMOA : la publication d'un référentiel comptable propre à cette activité, en remplacement des référentiels bancaire et de microfinance actuels (RCB et RCSFD), un système de reporting harmonisé, un cadre fiscal régional incitatif pour éviter les risques de double taxation, et un encadrement prudentiel propre aux instruments participatifs.
Ce que cela change pour vous
Si vous recherchez un financement ou une épargne conforme aux principes de la finance islamique, le nombre d'options augmente dans la zone UEMOA, mais reste encore restreint : 21 institutions pour huit pays. Avant de contracter un produit présenté comme « islamique » ou « halal », vérifiez que l'établissement dispose bien d'un agrément de la BCEAO pour cette activité spécifique, et n'hésitez pas à demander le détail du montage financier proposé : la conformité aux principes de la finance islamique repose sur des règles précises, que tout établissement sérieux doit pouvoir vous expliquer clairement.
Pour comprendre le régime général sous lequel opèrent ces institutions, en dehors de leur agrément finance islamique, lisez notre guide sur la microfinance en zone UEMOA : ce qu'est un SFD et qui le contrôle.
Questions fréquentes
Combien d'institutions de finance islamique compte l'UEMOA en 2025 ?
À fin décembre 2025, l'UEMOA comptait 21 institutions de finance islamique agréées (banques et institutions de microfinance confondues), contre seulement deux en 2018, selon le rapport annuel 2025 de la BCEAO.
Comment vérifier qu'un établissement est réellement agréé pour la finance islamique ?
Un établissement doit disposer d'un agrément spécifique de la BCEAO pour exercer une activité de finance islamique, distinct de son agrément bancaire ou de microfinance classique. En cas de doute, demandez à l'établissement de justifier cet agrément avant de contracter un produit présenté comme « islamique » ou « halal ».
Qu'est-ce que la mourabaha ?
La mourabaha est un contrat de vente avec marge bénéficiaire convenue à l'avance : l'établissement achète le bien souhaité par le client puis le lui revend, sans appliquer de taux d'intérêt classique, conformément aux principes de la finance islamique.
En résumé : la BCEAO a délivré en 2025 l'agrément « finance islamique » à quatre institutions de microfinance supplémentaires dans l'UEMOA, dont deux exclusivement dédiées à cette activité, portant le total à 21 institutions contre deux en 2018. Un cadre réglementaire régional, avec un futur conseil de conformité central, reste en cours de construction pour accompagner cette croissance.

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