Togo : la microfinance bâtit son siège, le taux d'usure tombe à 24 % | Microfin Times
Togo : la microfinance bâtit son siège, le taux d'usure tombe à 24 %
L'Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés du Togo (APSFD-Togo) a posé la première pierre de son futur siège le 19 août 2026 à Aképédo, dans la commune Avé 2. Le calendrier n'est pas neutre : la microfinance au Togo absorbe depuis le 1er juin 2026 une baisse de son taux d'usure de 27 % à 24 %, décidée par le Conseil des ministres de l'UMOA, et applique une loi sectorielle entièrement refondue depuis mars 2026.
Une pose de première pierre fait rarement l'actualité économique. Celle-ci mérite pourtant qu'on s'y arrête, moins pour les quatre niveaux annoncés que pour le moment choisi. La microfinance togolaise sert 4,45 millions de bénéficiaires et gère plus de 400 milliards FCFA d'épargne collectée, selon les données de l'APSFD rapportées par Togo First. Ce secteur vient d'encaisser coup sur coup une loi entièrement réécrite et une amputation de trois points de son taux d'intérêt maximal autorisé. C'est dans ce contexte que l'association qui fédère 63 de ses institutions, sur plus de 140 recensées par l'État, a décidé de se doter d'un siège permanent.
Un chantier de quatre niveaux à Aképédo
Le bâtiment est prévu sur quatre niveaux à Aképédo, localité de la commune Avé 2, selon Togo Scoop, qui a couvert la cérémonie du 19 août 2026. Le projet retient une architecture bioclimatique privilégiant l'éclairage et la ventilation naturels, avec un dispositif de sécurité incendie et un dimensionnement des fondations appuyé sur une étude de sol.
La cérémonie a rassemblé des représentants de la commune, de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), de l'administration de la microfinance, d'institutions financières et de partenaires du secteur, toujours selon la même source. Le président de l'association, Kokou Gabiam, y a présenté l'édifice comme la maison commune de la profession.
📘 Pour comprendre : qu'est-ce qu'un SFD, et à quoi sert une association professionnelle ?
Un SFD (système financier décentralisé) est la dénomination réglementaire, en zone UEMOA, d'une institution de microfinance : coopérative d'épargne et de crédit, mutuelle ou société de microfinance. C'est l'équivalent de ce que la zone CEMAC appelle un EMF (établissement de microfinance). Les deux zones ont des régulateurs et des textes distincts : BCEAO pour l'UEMOA, COBAC pour la CEMAC.
Concrètement : au Togo, un SFD collecte l'épargne des ménages, des commerçants et des artisans, et leur accorde des crédits, souvent dans des zones où les banques commerciales sont peu présentes.
Pourquoi ça compte : une association professionnelle comme l'APSFD-Togo n'est pas un régulateur. Elle ne délivre ni agrément ni sanction. Son rôle est d'harmoniser les pratiques de ses membres, de les former et de porter leur voix face aux autorités. Adhérer relève d'une démarche volontaire, ce qui explique l'écart entre le nombre de membres et le nombre total d'acteurs agréés.
Pourquoi maintenant ? Trois points de taux en moins
L'élément de contexte le plus lourd n'a pas été évoqué lors de la cérémonie, mais il structure l'année 2026 de tout le secteur. Depuis le 1er juin 2026, le taux d'usure applicable aux SFD de l'UMOA est passé de 27 % à 24 % l'an. La BCEAO confirme ce plafond de 24,0 % en source officielle, en application de l'Avis n°007-12-2025 adressé aux établissements de crédit et aux institutions de microfinance. La décision de fond revient au Conseil des ministres de l'UMOA, par sa décision n°19 du 29 décembre 2025.
Le taux d'usure est le taux effectif global maximal au-delà duquel un prêt devient légalement usuraire, donc pénalement répréhensible. Il englobe les intérêts et les frais. Trois points de moins signifient mécaniquement une compression de la marge d'intermédiation pour des institutions dont le modèle repose sur des prêts de petit montant, coûteux à instruire et à recouvrer.
Selon La Question de Droit, qui a analysé la réforme, le plafond applicable aux banques classiques reste inchangé à 14 %, ce qui ramène l'écart entre les deux secteurs à 10 points.
À cette contrainte tarifaire s'ajoute une refonte du cadre légal. L'Assemblée nationale togolaise a adopté le 10 mars 2026 une nouvelle loi portant réglementation des SFD, forte de 174 articles, selon la même source. Elle durcit les conditions d'agrément et les audits, impose l'affichage des taux, frais et conditions en agence, prévoit un fonds de garantie des dépôts pour les institutions agréées et introduit une médiation obligatoire avant toute saisine du tribunal.
C'est dans ce double mouvement - moins de marge autorisée, plus d'exigences de conformité - que s'inscrit la construction d'un siège destiné, selon les responsables de l'association, à accueillir de la concertation et de la formation.
Ce que pèse réellement la microfinance togolaise
Les ordres de grandeur du secteur permettent de mesurer l'enjeu. Selon les données consolidées de l'APSFD arrêtées à fin 2024 et rapportées par Togo First, le nombre de bénéficiaires atteignait 4 452 373 personnes, en hausse de 7,9 % sur un an. Les dépôts collectés s'élevaient à 401,7 milliards FCFA, en progression de 9,1 %, et l'encours de crédit à 358,9 milliards FCFA, en croissance de 5,3 %.
Rapportés à une population d'environ 8 millions d'habitants, ces 4,45 millions de bénéficiaires font de la microfinance un canal d'accès aux services financiers de première importance, et non un segment de niche.
Le marché est par ailleurs très concentré. La FUCEC-Togo, faîtière regroupant à elle seule plus de 40 structures, totalisait 167 milliards FCFA d'actifs à fin 2024, soit 46 % du total sectoriel, toujours selon Togo First. Suivaient la COOPEC AD-Togo (38,4 milliards FCFA), la COMEC (29 milliards FCFA), WAGES (21 milliards FCFA) et la CECA (10 milliards FCFA).
Cette concentration est un facteur de vulnérabilité autant que de solidité : une faîtière qui porte près de la moitié des actifs du secteur en concentre aussi les risques, et la baisse du taux d'usure ne frappera pas de la même manière un réseau de cette taille et une caisse isolée de quelques centaines de sociétaires.
63 membres pour plus de 140 acteurs : la vraie question posée par ce siège
C'est le chiffre le plus révélateur du dossier, et il relativise l'idée d'une « maison commune ». L'APSFD-Togo recensait 63 institutions membres en décembre 2025, selon Togo First. Or la liste des SFD reconnus par la Direction de la microfinance du ministère de l'Économie et des Finances comptait, à la même période, plus de 140 acteurs, dont plusieurs regroupés sous une même faîtière.
Autrement dit, l'association fédère moins de la moitié des acteurs recensés par l'autorité publique - même si ses membres pèsent, en volume d'activité, une part bien supérieure à leur poids en nombre, puisque la seule FUCEC-Togo représente 46 % des actifs du secteur.
Cet écart est le point à surveiller. Un siège permanent, doté de salles de formation et d'un cadre de concertation, est précisément l'outil qui peut réduire la distance entre les institutions structurées et la masse des petits acteurs restés hors de l'association. Dans un secteur où la baisse du taux d'usure et l'alourdissement des obligations de conformité pèseront proportionnellement plus lourd sur les structures les moins outillées, la capacité de l'APSFD-Togo à élargir sa base est un enjeu de stabilité, pas seulement de représentation.
Kokou Gabiam préside le conseil d'administration de l'association depuis septembre 2022 et a été reconduit dans ses fonctions en novembre 2024, selon Togo First. Il dirige par ailleurs une coopérative d'épargne et de crédit membre de l'association.
Le futur siège est construit à Aképédo, dans la commune Avé 2, au Togo. La première pierre a été posée le 19 août 2026 et le bâtiment est prévu sur quatre niveaux, selon Togo Scoop.
Quel est le taux d'usure applicable à la microfinance au Togo ?
Il est fixé à 24,0 % l'an pour les SFD de la zone UMOA, contre 27 % auparavant, depuis le 1er juin 2026, selon la BCEAO. Au-delà de ce plafond, tous frais inclus, le prêt est légalement usuraire.
Combien d'institutions de microfinance compte le Togo ?
L'APSFD-Togo fédère 63 institutions membres, tandis que la Direction de la microfinance du ministère de l'Économie et des Finances recense plus de 140 acteurs, selon Togo First. L'adhésion à l'association est volontaire.
Que change la loi togolaise sur la microfinance de mars 2026 ?
Adoptée le 10 mars 2026, elle renforce les conditions d'agrément et les audits, impose l'affichage des taux et frais en agence, prévoit un fonds de garantie des dépôts et rend la médiation obligatoire avant toute action judiciaire, selon La Question de Droit.
Qui dirige l'APSFD-Togo ?
Kokou Gabiam préside le conseil d'administration de l'association depuis septembre 2022, et a été reconduit en novembre 2024, selon Togo First.
Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.