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Microfinance UEMOA : 87 institutions sur 291 restent déficitaires

Deux cent quatre institutions de microfinance de grande taille de l'UEMOA ont dégagé un résultat net positif de 80,3 milliards de FCFA en 2025, selon le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l'UMOA. Le secteur, lui, n'affiche que 35,6 milliards. L'écart de 44,7 milliards mesure ce que perdent les 87 autres.

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Microfinance UEMOA : 87 institutions sur 291 restent déficitaires
Crédit photo : Discover Senegal

Le chiffre retenu partout est celui du retour au bénéfice : après une perte de 1,9 milliard de FCFA en 2024, le secteur dégage 35,6 milliards en 2025. C'est un agrégat, et il additionne deux populations qui ne vont pas dans la même direction. Sept institutions sur dix gagnent de l'argent, trois sur dix en perdent, et la seconde moitié de cette soustraction n'est publiée nulle part.

87 institutions absorbent 44,7 milliards

Sur les 291 institutions déclarantes, 204 affichent un résultat net positif au 31 décembre 2025, soit 70,1 %. Leurs bénéfices cumulés atteignent 80,3 milliards de FCFA.

Bénéfices des institutions rentables et résultat net du secteur, en milliards de FCFA
  • Bénéfices cumulés des 204 institutions rentables
    80.3
  • Résultat net agrégé du secteur
    35.6

L'écart entre les deux barres correspond aux pertes des 87 institutions restantes. Source : Commission bancaire de l'UMOA, rapport annuel 2025 ; calcul Microfin Times.

La différence entre ces deux montants, 44,7 milliards de FCFA, correspond aux pertes cumulées des 87 institutions restantes. Le rapport ne publie pas ce total : il se déduit des deux agrégats qu'il donne.

La comparaison avec l'exercice précédent éclaire le mouvement réel. En 2024, 172 institutions étaient bénéficiaires pour 56,3 milliards, alors que le secteur enregistrait une perte de 1,9 milliard : les pertes atteignaient donc 58,2 milliards. En un an, trente-deux institutions supplémentaires sont passées dans le vert, les bénéfices ont progressé de 24 milliards et les pertes ont reculé de 13,5 milliards.

Le redressement est donc réel, et il tient autant à la réduction des pertes qu'à la progression des bénéfices. Mais un tiers du secteur reste en territoire négatif.

📘 Pour comprendre : le résultat net agrégé

Le résultat net agrégé additionne les résultats de toutes les institutions supervisées, bénéfices et pertes confondus. C'est une somme algébrique, pas une moyenne.

Concrètement : un secteur affichant 35,6 milliards de bénéfice peut très bien réunir des institutions largement rentables et d'autres en grande difficulté. L'agrégat les compense les unes par les autres.

Pourquoi ça compte : pour un épargnant, c'est la santé de son institution qui décide, pas celle du secteur. Un agrégat positif ne dit rien de la solidité d'un établissement en particulier.

Un bénéfice qui doit beaucoup à des créances déjà passées en pertes

La composition du résultat compte autant que son signe.

Le résultat d'exploitation, celui que dégage l'activité courante, s'établit à 13,1 milliards de FCFA. Le résultat exceptionnel en apporte 31,2 milliards, dont 22,4 milliards issus de la récupération de créances amorties, c'est-à-dire d'encours que les institutions avaient sortis de leur bilan et qui sont finalement rentrés.

Ces récupérations sont une bonne nouvelle pour la trésorerie. Elles ne sont pas reproductibles : un encours ne peut être passé en pertes puis récupéré qu'une fois. Retirer le résultat exceptionnel ramènerait le secteur à un bénéfice de l'ordre de quatre milliards de FCFA.

En amont, l'activité progresse pourtant. Le produit net financier atteint 453,5 milliards de FCFA, en hausse de 10,8 %, réalisé à 95,2 % sur les opérations avec les clients. Le produit global d'exploitation suit à 470,9 milliards, en hausse de 9,3 %. Les frais généraux, à 360,5 milliards, augmentent moins vite, de 7,5 %, ce qui porte le résultat brut d'exploitation à 85 milliards, en progression de 21,1 %.

C'est en aval que le compte se referme : les provisions nettes sur risques de crédit absorbent 71,9 milliards, soit 85 % de ce résultat brut.

Aucune des normes de gestion n'est atteinte

Le superviseur fixe des repères chiffrés à quatre indicateurs de gestion. Ce sont des normes de gestion, distinctes des huit normes prudentielles qui conditionnent la conformité réglementaire. Aucune des quatre n'est respectée à l'échelle de l'Union en 2025.

Niveau atteint par rapport à la norme, en pourcentage de celle-ci
  • Taux de rendement des actifs (norme 15 %)
    98
  • Autosuffisance opérationnelle (norme 130 %)
    62.5
  • Rentabilité des fonds propres (norme 15 %)
    14
  • Rendement sur actifs (norme 3 %)
    10

Chaque barre rapporte le niveau observé à la norme correspondante. Source : Commission bancaire de l'UMOA, rapport annuel 2025 ; calcul Microfin Times.

L'autosuffisance opérationnelle s'établit à 81,2 % pour une norme minimale de 130 %, en progression de 3,2 points sur l'année. La rentabilité des fonds propres ressort à 2,1 % pour une norme de 15 %, après un niveau négatif de 2,6 % en 2024. Le rendement sur actifs passe de -0,4 % à 0,3 %, pour une norme de 3 %. Le taux de rendement des actifs se tient à 14,7 %, à peine sous la norme de 15 %.

Le coefficient d'exploitation, qui mesure la part du produit net financier absorbée par les frais généraux, s'améliore de 81,9 % à 79,5 %. Le plafond est fixé à 40 % pour les institutions de crédit direct et à 60 % pour celles d'épargne et de crédit.

Les charges d'exploitation rapportées au portefeuille de crédits atteignent 30,2 %, sous la norme maximale de 35 %. C'est le seul repère de la série que le secteur respecte, et il s'est dégradé d'un dixième de point sur l'année.

Que mesure l'autosuffisance opérationnelle ?

Ce ratio rapporte les produits d'exploitation aux charges d'exploitation. À 100 %, une institution couvre exactement ses charges par ses produits. En dessous, elle a besoin de ressources extérieures pour fonctionner : subventions, apports d'actionnaires, ou report à nouveau.

La norme est fixée à 130 % et non à 100 %, précisément pour que l'institution dégage de quoi absorber ses pertes sur crédits et reconstituer ses fonds propres. À 81,2 %, le secteur ouest-africain est loin de ce point d'équilibre, et c'est cohérent avec le recul de ses fonds propres sur le même exercice.

Les chiffres clés à retenir

IndicateurValeurDateSource
Institutions déclarantes29131/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Institutions bénéficiaires204 (70,1 %)31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Bénéfices cumulés80,3 Md FCFA31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Résultat net agrégé35,6 Md FCFA31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Résultat d'exploitation13,1 Md FCFA31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Résultat exceptionnel31,2 Md FCFA31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Produit net financier453,5 Md FCFA31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA
Autosuffisance opérationnelle81,2 % (norme 130 %)31/12/2025Commission bancaire de l'UMOA

Questions fréquentes

Combien d'institutions de microfinance sont déficitaires dans l'UEMOA ?

Quatre-vingt-sept sur 291 déclarantes au 31 décembre 2025. Le rapport indique que 204 institutions, soit 70,1 %, ont dégagé un résultat net positif ; les autres sont donc en perte.

Quel est le résultat net de la microfinance UEMOA en 2025 ?

35,6 milliards de FCFA, après une perte de 1,9 milliard en 2024. Ce montant est un agrégat : les institutions bénéficiaires ont dégagé 80,3 milliards, les déficitaires ayant perdu la différence.

Pourquoi le bénéfice du secteur ne vient-il pas de son activité ?

Le résultat d'exploitation ne s'élève qu'à 13,1 milliards de FCFA, contre 31,2 milliards de résultat exceptionnel, dont 22,4 milliards de récupérations sur des créances déjà passées en pertes. Ces récupérations ne sont pas reproductibles.

Qu'est-ce que l'autosuffisance opérationnelle d'une institution de microfinance ?

C'est le rapport entre ses produits et ses charges d'exploitation. La norme du superviseur est de 130 % minimum, pour que l'institution couvre ses charges et dégage de quoi absorber ses pertes sur crédits. Le secteur est à 81,2 % en 2025.

Oumarou Sanda

À propos de l'auteur

Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.

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