EMF ou SFD : la microfinance change selon votre pays | Microfin Times
EMF ou SFD : pourquoi votre microfinance ne s'appelle pas pareil selon le pays
À Douala on parle d'EMF, à Dakar de SFD. Ce n'est pas une question de vocabulaire local : ce sont deux régimes juridiques distincts, avec deux superviseurs différents et, surtout, deux niveaux de protection de votre épargne.
À Douala on parle d'EMF, à Dakar de SFD. Ce n'est pas une question de vocabulaire local : ce sont deux régimes juridiques distincts, avec deux superviseurs différents et, surtout, deux niveaux de protection de votre épargne.
La réponse courte
Les deux mots désignent la même activité, la microfinance, mais dans deux zones monétaires qui ont légiféré séparément.
En Afrique centrale (zone CEMAC), on dit établissement de microfinance (EMF).
En Afrique de l'Ouest (zone UEMOA), on dit système financier décentralisé (SFD).
Ce n'est pas un détail de langage. Les textes, les autorités de contrôle, les classifications et les mécanismes de garantie ne sont pas les mêmes. Un conseil valable à Yaoundé peut être faux à Bamako.
En Afrique centrale, la situation est nettement moins nette. Le FOGADAC existe depuis 2009 et indemnise les déposants, mais l'ensemble de ses textes encadre la garantie autour de la défaillance d'un établissement de crédit. Or, en droit CEMAC, un EMF n'est précisément pas un établissement de crédit : le règlement microfinance a justement été créé parce que la convention bancaire de 1992 avait été jugée inadaptée à ces structures.
Concrètement, un épargnant sénégalais peut vérifier que son SFD est adhérent d'un fonds de garantie qui le nomme explicitement. Un épargnant camerounais ne peut pas faire la même vérification aussi simplement, et ne doit pas présumer que son EMF lui offre la même protection qu'une banque.
C'est une question à poser directement à votre établissement, par écrit.
Deux francs CFA, et non un seul
Autre point de confusion fréquent, notamment dans la diaspora : le franc CFA d'Afrique centrale (XAF) et celui d'Afrique de l'Ouest (XOF) sont deux monnaies distinctes, même si leur valeur face à l'euro est identique.
Un billet de 5 000 FCFA émis par la BEAC n'a pas cours légal à Dakar, et inversement. Pour un transfert d'argent entre les deux zones, il s'agit donc bien d'une opération de change, pas d'un simple virement. Et rappelons que les EMF de la zone CEMAC n'ont pas le droit d'effectuer des opérations de banque avec l'étranger.
Un superviseur fixe d'un côté, variable de l'autre
En zone CEMAC, la logique est simple : quelle que soit sa taille, un EMF relève de la COBAC. Un petit établissement rural et un grand réseau urbain ont le même superviseur régional.
En zone UEMOA, le superviseur dépend de la taille de l'établissement. En dessous de 2 milliards de FCFA d'encours de dépôts ou de crédits sur deux exercices consécutifs, le SFD est suivi par le ministère des Finances de son pays. Au-delà, il bascule sous la supervision de la BCEAO et de la Commission bancaire de l'UMOA.
Pour l'usager, cela signifie qu'en Afrique de l'Ouest, il faut d'abord savoir dans quelle catégorie se situe son établissement avant de savoir à quelle porte frapper en cas de litige.
Ce que ça change quand vous cherchez de l'information
C'est le piège le plus banal et le plus coûteux en temps.
Si vous cherchez « liste EMF agréés Sénégal », vous ne trouverez rien d'utile. Le bon terme est SFD.
Si vous cherchez « SFD agréé Cameroun », idem. Le bon terme est EMF.
Si vous lisez un article qui parle de « 2e catégorie » à propos d'une microfinance ivoirienne, méfiez-vous : les catégories numérotées n'existent qu'en zone CEMAC.
Si un site vous dit que « la COBAC » régule votre microfinance à Cotonou, l'information est fausse. La COBAC n'a aucune compétence en Afrique de l'Ouest.
EMF en Afrique centrale, SFD en Afrique de l'Ouest. Employez le bon terme pour toute recherche officielle, c'est ce qui vous fera gagner le plus de temps.
Le superviseur n'est pas le même : la COBAC couvre les six pays de la CEMAC, la BCEAO et la Commission bancaire de l'UMOA couvrent les huit pays de l'UEMOA. Aucune des deux n'a autorité sur l'autre zone.
La protection de vos dépôts n'est pas équivalente. Le fonds ouest-africain nomme explicitement les SFD ; les textes du fonds d'Afrique centrale sont écrits pour les établissements de crédit.
Dans les deux zones, l'agrément vient du ministre des Finances de votre pays. C'est la vérification à faire en premier, partout.
XAF et XOF sont deux monnaies différentes. Ne partez pas du principe qu'un compte ouvert dans une zone fonctionne dans l'autre.
En résumé : EMF et SFD désignent la même activité dans deux zones monétaires distinctes. L'Afrique centrale applique le règlement n°01/17/CEMAC/UMAC/COBAC sous supervision unique de la COBAC, avec trois catégories d'établissements. L'Afrique de l'Ouest applique la loi du 29 décembre 2010, avec un superviseur qui change au-delà de 2 milliards de FCFA d'encours, et une garantie des dépôts qui couvre explicitement les SFD.
Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.