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Bureau d'information sur le crédit Cemac : 20 EMF connectés sur 521 au lancement

Le bureau d'information sur le crédit de la Cemac a été lancé à Douala le 20 janvier 2026. En décembre 2025, 61 institutions y étaient raccordées : 41 banques commerciales, mais seulement 20 établissements de microfinance sur les 521 agréés dans la sous-région.

Bureau d'information sur le crédit Cemac : 20 EMF connectés sur 521 au lancement
Crédit photo : Microfin Times
Publié le 5 août 2026, 11:14·Par Oumarou Sanda
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Le bureau d'information sur le crédit de la Cemac, opéré par Creditinfo Central Africa, a été officiellement lancé à Douala le 20 janvier 2026. Au moment de l'agrément définitif de l'opérateur, en décembre 2025, 61 institutions financières étaient raccordées à sa plateforme : 41 banques commerciales et 20 établissements de microfinance, sur les 521 agréés dans la sous-région. Alors que les créances en souffrance de la microfinance atteignaient 178 milliards de FCFA en 2024, l'outil censé les prévenir a démarré en couvrant moins de 4 % du réseau des EMF. L'état actuel des adhésions n'est pas public.

Ce qui a été lancé, et par qui

La Banque des États de l'Afrique centrale et la Société financière internationale (IFC) ont officiellement lancé le Bureau d'information sur le crédit d'Afrique centrale, opéré par la société Creditinfo Central Africa (CICA). La cérémonie s'est tenue à Douala et a comporté la signature de contrats d'adhésion entre des établissements de crédit et de microfinance et l'opérateur, sous supervision de la BEAC.

CICA avait obtenu son agrément définitif en décembre 2025, au terme d'une phase de tests techniques jugée concluante. À cette date, 61 institutions financières des six pays de la Cemac étaient raccordées à la plateforme de test et prêtes à basculer en production.

L'objectif affiché est que le bureau couvre au moins 60 % des établissements sous supervision de la Cobac d'ici au 31 décembre 2028.

📘 Pour comprendre : le bureau d'information sur le crédit

Bureau d'information sur le crédit (BIC) - une société privée agréée qui collecte, auprès des banques et des établissements de microfinance adhérents, l'historique de crédit de leurs clients, et le restitue à ces établissements au moment où ils étudient une demande de prêt.

Concrètement : un commerçant de Ngaoundéré sollicite 800 000 FCFA auprès de votre agence. Si vous êtes adhérent et qu'il a consenti à la consultation, vous voyez les crédits qu'il détient déjà auprès d'autres établissements adhérents et la façon dont il les rembourse. S'il n'est pas dans la base, vous prêtez à l'aveugle.

Pourquoi ça compte : c'est le seul outil qui agit avant l'octroi. Il ne sert que si l'établissement adhère, transmet ses propres données et consulte le fichier à chaque dossier. Un bureau alimenté par une minorité d'acteurs restitue une image incomplète du risque.

Le déséquilibre banques / microfinance

C'est dans la répartition des 61 institutions raccordées en décembre 2025 que se lit le problème.

Type d'établissementRaccordés à la plateforme en décembre 2025Agréés en Cemac au 31/12/2024
Banques commerciales41non renseigné dans nos sources
Établissements de microfinance20521, dont 384 au Cameroun

Vingt EMF sur 521 représentent moins de 4 % du réseau agréé. Ces vingt établissements sont répartis sur les six pays de la Cemac : le Cameroun, qui concentre à lui seul 73,7 % des EMF de la sous-région, n'en compte donc qu'une poignée.

Deux précautions de lecture s'imposent. Le chiffre de 41 banques ne peut pas être rapporté à un total, faute de disposer du nombre exact d'établissements de crédit agréés dans la Cemac. Et ces 61 institutions étaient raccordées à une plateforme de test : le nombre d'adhérents effectifs depuis le passage en production, en janvier 2026, n'est pas public.

Le déséquilibre observé n'a rien de surprenant sur le plan technique. Raccorder un système d'information à une plateforme de partage suppose un socle informatique, un référentiel client fiable et une équipe capable de produire des fichiers normés. Une banque commerciale dispose de tout cela. Une coopérative d'épargne et de crédit de première catégorie, dont le règlement communautaire n'exige même pas de capital social minimum, rarement : notre guide sur les trois catégories d'EMF au Cameroun détaille ce que chacune a le droit de faire.

Il est en revanche décisif sur le plan du risque. Le mécanisme que sept études camerounaises avaient vu venir, celui d'un emprunteur qui souscrit un crédit dans un établissement pour rembourser celui d'un autre, ne se joue pas entre banques. Il se joue entre EMF, sur des montants de quelques centaines de milliers de francs, auprès de clients que les banques n'ont jamais servis. C'est précisément le segment que le bureau ne couvrait pas à son démarrage.

Un cadre réglementaire qui attendait depuis 2018

Le retard n'est pas juridique. Il est opérationnel.

Le règlement n° 03/18/CEMAC/UMAC/CM relatif aux conditions d'exercice, de contrôle et de supervision de l'activité des bureaux d'information sur le crédit dans la Cemac a été adopté en 2018. La BEAC l'a complété en février 2020 par quatorze instructions d'application, publiées sur son portail dédié au cadre réglementaire des BIC : capital social minimum et conditions d'agrément, code de conduite, activités connexes autorisées, ouverture de filiales, protection des données, traitement des réclamations, homologation de la grille tarifaire, modalités de contrôle, sanctions pécuniaires, transfert des bases de données en cas de retrait d'agrément.

Deux de ces instructions intéressent directement les dirigeants d'EMF. L'instruction n° 010/2020 fixe les modalités d'obtention du consentement des clients dans le cadre du dispositif de partage d'informations sur le crédit. L'instruction n° 014/2020 précise la nature et les modalités de transmission des informations sur le crédit aux bureaux.

Le cadre était donc complet dès février 2020. Le premier opérateur a été agréé en décembre 2025 et a démarré en janvier 2026. Près de six ans se sont écoulés entre la règle et l'outil.

Pendant cette période, les créances en souffrance de la microfinance de la Cemac sont passées de 164 milliards de FCFA en 2023 à 178 milliards en 2024, en hausse de 8,9 %, le Cameroun contribuant à 81 % de cette dégradation, selon le rapport annuel 2024 de la BEAC.

Trois obstacles que le lancement ne lève pas

L'existence d'un bureau d'information ne suffit pas à réduire le risque. Trois difficultés, bien connues des praticiens, conditionnent son utilité réelle pour la microfinance.

Le coût d'entrée dépasse largement le prix de la consultation. La grille tarifaire des services du bureau est soumise à homologation en application de l'instruction n° 011/2020, mais son contenu n'est pas public. Or le tarif n'est qu'une part du coût. Adhérer suppose d'interfacer son système d'information avec la plateforme, de fiabiliser et de reprendre son référentiel client, de former les agents de crédit à la consultation, et de réviser les conventions de crédit pour y intégrer le consentement du client. Pour un établissement de première catégorie, que la réglementation n'astreint à aucun capital social minimum, cet investissement peut représenter une barrière décisive.

La qualité de l'identification des emprunteurs conditionne tout le reste. Un fichier de crédit ne vaut que par la fiabilité de l'identifiant qui relie une personne à ses engagements. Documents d'identité non renouvelés, homonymies fréquentes, orthographes variables d'un dossier à l'autre : ces difficultés sont le quotidien des agences. Un bureau alimenté sur une base d'identification incertaine produit deux types d'erreurs, l'une et l'autre coûteuses. Il attribue à un client des engagements qui ne sont pas les siens, ce qui bloque de bons dossiers. Ou il ne rattache pas à un emprunteur les crédits qu'il détient ailleurs, ce qui laisse passer exactement le risque que le dispositif prétend écarter.

Rien ne garantit la sincérité des déclarations. Le principe d'un bureau d'information est la réciprocité : on ne consulte utilement que si tout le monde alimente honnêtement. Or un établissement fragilisé n'a aucun intérêt immédiat à déclarer l'ampleur réelle de ses impayés, qui signalerait sa propre situation à ses concurrents. Sans contrôle de la qualité et de l'exhaustivité des déclarations, le fichier se remplit de vides sélectifs, et ces vides concernent précisément les établissements dont on aimerait connaître le portefeuille.

Deux dispositifs à quinze jours d'intervalle, à ne pas confondre

Le bureau d'information n'est pas arrivé seul. Un second texte, adopté le 19 décembre 2025 et entré en vigueur le 1er janvier 2026, institue la mise à l'index des clients défaillants. La professeure Yvette Rachel Kalieu Elongo en a livré une analyse détaillée.

Les deux outils ne font pas la même chose, et les confondre conduirait à de mauvaises décisions de gestion.

Bureau d'information sur le créditMise à l'index
NatureFichier d'historique de créditMesure d'interdiction
Moment d'interventionAvant l'octroiAprès trois mois d'impayé
Qui décideL'établissement, sur la base de l'informationLe CNEF, sous supervision de la Cobac
AccèsAdhésion contractuelle, consentement du client requisAutomatique pour tous les établissements assujettis
Effet pour le clientAucun effet directInterdiction d'opérer au débit et d'ouvrir un compte
Opérationnel depuis20 janvier 20261er janvier 2026

La mise à l'index comporte un délai que tout dirigeant devrait calculer avant de compter dessus. Il faut une échéance impayée de plus de trois mois pour saisir le Comité national économique et financier, qui dispose ensuite de deux mois pour statuer, son silence valant rejet. Soit cinq mois au minimum entre le premier défaut et l'information des confrères. Sur des microcrédits de six à douze mois, l'emprunteur a souvent bouclé son cycle et souscrit ailleurs bien avant.

📘 Pour comprendre : le CNEF

Comité national économique et financier - instance nationale créée par le règlement n° 03/2019/CEMAC/UMAC/CM du 12 décembre 2019. Au Cameroun, il est présidé par le ministre des Finances, son secrétariat général est assuré par le directeur national de la BEAC, et il réunit une vingtaine de membres : associations professionnelles des établissements de crédit, des EMF, des assurances, sociétés de bourse et de gestion de portefeuille, représentants des consommateurs et des administrations financières.

Pourquoi ça compte : c'est lui qui prononce les mises à l'index. Sa capacité d'instruction conditionne l'efficacité du dispositif, puisque l'absence de réponse dans le délai de deux mois vaut rejet de la demande.

Ce que cela change pour un dirigeant d'EMF

Adhérer devient un sujet de conseil d'administration. Tant que votre établissement n'adhère pas, vous continuez à prêter sans voir les engagements de vos clients ailleurs, pendant que vos confrères adhérents commencent à voir les vôtres. L'asymétrie joue désormais contre les non-adhérents.

Chiffrez le coût complet avant de décider. Interface informatique, reprise du référentiel client, formation des agents, révision des conventions de crédit : le prix de la consultation n'est qu'une ligne du budget.

Vos données valent votre accès. Un bureau fonctionne par réciprocité. Un référentiel client incomplet ou des historiques de remboursement mal tenus vous rendent inexploitable pour le réseau, et le réseau inexploitable pour vous.

Le consentement du client doit être intégré au dossier de crédit. L'instruction n° 010/2020 encadre son obtention. Une convention qui ne le prévoit pas devra être révisée.

Ne comptez pas sur la mise à l'index pour prévenir le risque. Elle sanctionne, elle ne protège pas. Cinq mois après le premier impayé, le mal est fait. Votre meilleur indicateur avancé reste interne : le taux de défaut sur la première échéance, suivi par agence, par agent de crédit et par produit.

Du côté des épargnants et des emprunteurs, la vérification reste la même : le statut de chaque établissement est consultable dans notre annuaire des EMF agréés, et les défaillances signalées dans nos alertes EMF.

Ce que nous ne savons pas encore

Le nombre d'établissements de microfinance camerounais figurant parmi les vingt raccordés en décembre 2025 n'est pas public, pas plus que le nombre d'adhésions enregistrées depuis le passage en production.

La grille tarifaire de Creditinfo Central Africa, soumise à homologation, ne l'est pas davantage.

Enfin, l'objectif de couvrir 60 % des établissements supervisés par la Cobac à fin 2028 laisse entendre que quatre sur dix resteront hors du dispositif à cette échéance. Compte tenu de la structure du réseau, largement dominée en nombre par de petits EMF, il est probable que cette minorité non couverte soit précisément celle qui porte le risque le plus difficile à voir.

Les chiffres clés à retenir

IndicateurValeurDateSource
Institutions raccordées à la plateforme du BIC61, dont 41 banques et 20 EMFDécembre 2025Business & Finance International
EMF agréés dans la Cemac521, dont 384 au Cameroun (73,7 %)31/12/2024Investir au Cameroun / BEAC
Lancement officiel du BIC-Cemac à Douala20 janvier 20262026IFC
Objectif de couverture des établissements supervisés par la Cobac60 %31/12/2028Business & Finance International
Créances en souffrance, microfinance Cemac178 milliards FCFA (+8,9 %)2024Investir au Cameroun / BEAC
Part du Cameroun dans la dégradation du portefeuille Cemac81 % (Congo 9 %, Gabon 7 %)2024Investir au Cameroun / BEAC
Cadre réglementaire des BICRèglement n° 03/18/CEMAC/UMAC/CM et 14 instructions BEAC2018 et février 2020BEAC
Délai minimal avant information des confrères par la mise à l'index5 mois (3 mois d'impayé et 2 mois d'instruction)2026Calcul Microfin Times d'après le règlement du 19/12/2025

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le bureau d'information sur le crédit de la Cemac ?

C'est une société privée agréée par la BEAC, Creditinfo Central Africa, qui centralise l'historique de crédit des clients des banques et des établissements de microfinance adhérents et le restitue à ceux-ci lors de l'étude d'une demande de prêt. Il a été officiellement lancé à Douala le 20 janvier 2026.

Combien d'établissements de microfinance y sont connectés ?

Vingt étaient raccordés à la plateforme de test en décembre 2025, au moment de l'agrément définitif de l'opérateur, répartis sur les six pays de la Cemac, contre 41 banques commerciales. Le réseau compte 521 EMF agréés, dont 384 au Cameroun. Le nombre d'adhérents effectifs depuis janvier 2026 n'est pas public.

Un EMF est-il obligé d'adhérer au bureau d'information sur le crédit ?

L'adhésion prend la forme d'un contrat signé avec l'opérateur. L'objectif communiqué est d'atteindre 60 % des établissements supervisés par la Cobac au 31 décembre 2028, ce qui suppose une montée en charge progressive plutôt qu'une obligation immédiate et générale.

Quelle différence entre le bureau d'information sur le crédit et la mise à l'index ?

Le bureau intervient avant l'octroi et fournit un historique de crédit. La mise à l'index intervient après trois mois d'impayé et interdit au client de faire fonctionner ses comptes. Le premier est un outil de décision, la seconde une sanction.

Le client doit-il donner son accord pour être consulté ?

Oui. L'instruction n° 010/2020 de la BEAC fixe les modalités d'obtention du consentement des clients dans le cadre du dispositif de partage d'informations sur le crédit.

Combien coûte l'adhésion pour un EMF ?

La grille tarifaire de l'opérateur est soumise à homologation mais n'est pas publique. Au-delà du tarif, l'adhésion suppose l'interfaçage du système d'information, la fiabilisation du référentiel client, la formation des agents et la révision des conventions de crédit.

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À propos de l'auteur

Oumarou Sanda

Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.

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