Microfinance au Cameroun : comment ça marche en 2026 | Microfin Times
Microfinance au Cameroun : comment ça marche vraiment en 2026
Le Cameroun compte 385 établissements de microfinance agréés au 31 décembre 2025, qui ont distribué 659,4 milliards de FCFA de crédits en 2024, soit 57,6 % du marché de la zone CEMAC. Trois catégories d'EMF coexistent, avec des droits très différents en matière de collecte d'épargne : savoir dans laquelle se trouve son établissement est la première protection de l'épargnant.
La microfinance au Cameroun repose sur 385 établissements agréés au 31 décembre 2025, selon la liste publiée par le ministère des Finances. Ces établissements ont distribué 659,4 milliards de FCFA de crédits en 2024, soit 57,6 % du marché du crédit de la microfinance dans la zone CEMAC, d'après le rapport annuel 2024 de la COBAC. Trois catégories d'EMF coexistent, avec des droits très différents en matière de collecte d'épargne : savoir dans laquelle se trouve son établissement est la première protection de l'épargnant.
Qu'est-ce que la microfinance au Cameroun ?
La microfinance désigne la fourniture de services financiers - épargne, crédit, moyens de paiement - à des personnes et à des entreprises que les banques classiques ne servent pas ou servent mal. Au Cameroun, cette activité est exercée par des structures appelées établissements de microfinance, ou EMF.
Le commerçant du marché de Mokolo à Yaoundé qui emprunte 300 000 FCFA pour renouveler son stock, la vendeuse de beignets d'Akwa à Douala qui place 5 000 FCFA par semaine, le conducteur de mototaxi qui finance l'achat de son engin : ce sont les clients typiques d'un EMF. Ils n'ont ni bulletin de salaire régulier, ni garantie hypothécaire, ni historique bancaire. Une banque commerciale ne leur ouvrira pas un dossier de crédit. Un EMF, oui.
Cette fonction n'a rien d'accessoire. Les autorités camerounaises rappellent que les EMF jouent un rôle déterminant dans le financement de l'économie, notamment dans les zones rurales où les banques sont inexistantes ou peu présentes. C'est aussi ce qui rend leur défaillance si coûteuse socialement : quand un EMF ferme, il emporte l'épargne de personnes qui n'avaient pas d'autre solution.
📘 Pour comprendre : EMF
EMF signifie « établissement de microfinance ». C'est le terme officiel employé par la réglementation de la zone CEMAC, qui couvre le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad. Un EMF n'est pas une banque : il relève d'un régime juridique distinct, avec ses propres règles d'agrément, de capital et de contrôle.
Concrètement : dans les huit pays de l'UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), la même activité s'exerce sous le nom de SFD, pour « système financier décentralisé ». Deux vocabulaires, deux régulateurs, deux corpus de textes. Les confondre conduit à appliquer au Cameroun des règles qui n'y ont pas cours.
Pourquoi ça compte : un article, un conseil ou un contrat qui parle de « SFD » ne s'applique pas à un établissement camerounais, et inversement.
Une activité ancienne, un cadre récent
Les pratiques d'épargne et de crédit collectifs existent au Cameroun bien avant toute réglementation. La tontine et le njangi organisent depuis des générations la circulation de l'argent entre voisins, collègues ou membres d'une même famille élargie. La microfinance moderne n'a pas remplacé ces pratiques : elle s'est installée à côté, en leur ajoutant un cadre juridique, un régulateur et, en principe, une garantie de sérieux.
Le cadre en vigueur découle du règlement n° 01/17/CEMAC/UMAC/COBAC du 27 septembre 2017, relatif aux conditions d'exercice et de contrôle de l'activité de microfinance en Afrique centrale. C'est ce texte qui définit ce qu'est un EMF, ce qu'il a le droit de faire et sous quelles conditions.
Combien pèse la microfinance au Cameroun ?
Le Cameroun est de loin le premier marché de la microfinance en Afrique centrale. Les données publiées par la COBAC dans son rapport annuel 2024 le montrent sans ambiguïté.
Le Cameroun domine la sous-région. Selon le rapport annuel 2024 de la COBAC, les crédits distribués par les EMF camerounais sont trois fois supérieurs à ceux des EMF du Congo et six fois supérieurs à ceux du Gabon. Cette domination tient au maillage : sur les 521 EMF agréés dans la CEMAC en 2024, 384 étaient recensés au Cameroun.
Le crédit progresse, l'épargne recule. Les 659,4 milliards de FCFA de crédits de 2024 représentent une hausse d'environ 41 milliards de FCFA sur un an. Dans le même temps, comme le relève Investir au Cameroun à partir des données COBAC, l'encours des dépôts des EMF camerounais est passé de 925,4 milliards de FCFA en 2023 à 914,4 milliards en 2024, soit un repli de 11,1 milliards (-1,2 %). Distribuer davantage de crédit tout en collectant moins d'épargne est une configuration qui mérite d'être surveillée.
Le nombre d'établissements diminue. Le ministère des Finances recensait 390 EMF agréés au 31 décembre 2024, puis 385 au 31 décembre 2025. Cette contraction n'est pas un signe de faiblesse du marché : elle traduit un durcissement de la supervision, sur lequel nous revenons plus loin.
Note méthodologique. Trois chiffres circulent sur le nombre d'EMF camerounais : 390 (liste MINFI au 31 décembre 2024), 384 (décompte COBAC dans son recensement CEMAC 2024) et 385 (liste MINFI au 31 décembre 2025). Ils ne se contredisent pas : ils correspondent à des dates et à des méthodes de comptage différentes. Méfiez-vous de tout article qui cite l'un de ces chiffres sans préciser sa date ni sa source.
Les trois catégories d'EMF : ce qui les distingue vraiment
C'est le point le plus mal compris de la microfinance au Cameroun, et probablement le plus important pour un épargnant. Le règlement CEMAC de 2017 classe les EMF en trois catégories, qui n'ont ni les mêmes droits, ni les mêmes obligations de capital.
Catégorie
Ce que l'établissement a le droit de faire
Forme juridique
Capital social minimum
1ʳᵉ catégorie
Collecte l'épargne de ses membres et l'emploie en crédit exclusivement au profit de ces membres
Associatif, coopératif, mutualiste
Aucun capital social minimum exigé
2ᵉ catégorie
Collecte l'épargne du public et accorde du crédit aux tiers
Société anonyme uniquement
300 millions FCFA depuis le 1ᵉʳ janvier 2021
3ᵉ catégorie
Accorde du crédit aux tiers, sans collecter d'épargne
Si vous êtes membre d'une coopérative de 1ʳᵉ catégorie, vous êtes à la fois client et sociétaire. Vous avez, en principe, un droit de regard sur la gestion à travers l'assemblée générale. En contrepartie, aucun capital social minimum n'est exigé de la structure : sa solidité dépend entièrement de la qualité de sa gouvernance et de son portefeuille.
Si vous déposez de l'argent dans un EMF de 2ᵉ catégorie, vous confiez votre épargne à une société anonyme qui doit disposer d'au moins 300 millions de FCFA de capital social. C'est la catégorie la plus exigeante et la seule autorisée à collecter l'épargne du grand public.
Si un établissement vous propose un crédit sans jamais vous proposer d'ouvrir un compte d'épargne, il s'agit probablement d'un EMF de 3ᵉ catégorie. C'est légal et normal : cette catégorie n'a tout simplement pas le droit de collecter des dépôts.
Le signal d'alerte est simple à formuler : un établissement qui collecte l'épargne du public sans être agréé en 2ᵉ catégorie exerce illégalement. Le ministère des Finances publie chaque année la liste des EMF agréés précisément pour permettre cette vérification, et indique que cette publication vise à dissuader les usagers de recourir à des EMF clandestins.
📘 Pour comprendre : capital social minimum
Le capital social minimum est la somme que les actionnaires doivent avoir apportée à l'établissement, et qui reste immobilisée dans l'entreprise. Ce n'est pas de l'argent disponible en caisse : c'est un matelas destiné à absorber les pertes avant que les dépôts des clients ne soient touchés.
Concrètement : le capital minimum de la 2ᵉ catégorie est passé de 50 millions de FCFA avant 2018 à 100 millions au 1ᵉʳ janvier 2018, 150 millions en 2019, 200 millions en 2020, puis 300 millions au 1ᵉʳ janvier 2021. La 3ᵉ catégorie a suivi la même trajectoire, de 25 millions à 150 millions de FCFA.
Pourquoi ça compte : ce relèvement, décidé par le règlement COBAC EMF R-2017/03, a mécaniquement écarté du marché les structures les plus faiblement capitalisées. C'est l'une des explications de la baisse du nombre d'établissements agréés.
Qui régule la microfinance au Cameroun ?
Trois institutions interviennent, à des niveaux différents.
La COBAC (Commission bancaire de l'Afrique centrale) est le régulateur de la zone CEMAC. C'est elle qui édicte les règles prudentielles, contrôle les établissements, place un EMF sous administration provisoire ou prononce le retrait d'agrément. C'est l'autorité qui compte.
Le ministère des Finances du Cameroun (MINFI) délivre les agréments sur avis conforme de la COBAC et publie la liste des établissements autorisés à exercer sur le territoire national. C'est ce document qui fait foi pour vérifier qu'un EMF est en règle.
La BEAC (Banque des États de l'Afrique centrale) est la banque centrale de la zone. Elle ne supervise pas directement les EMF mais fixe le cadre monétaire, publie les statistiques et pilote la stratégie régionale d'inclusion financière.
La différence avec l'UEMOA
Dans les huit pays de l'UEMOA, l'architecture est parallèle mais distincte : la BCEAO est la banque centrale, la Commission bancaire de l'UMOA assure la supervision, et les établissements s'appellent des SFD. Les seuils de capital, les catégories et les ratios prudentiels ne sont pas les mêmes.
Un exemple concret de cette divergence : en matière de taux d'usure, l'UMOA a porté à 24 % le plafond applicable aux institutions de microfinance à compter de juin 2026. En CEMAC, le cadre relève du règlement n° 04/19/CEMAC/UMAC/CM relatif au taux effectif global, à la répression de l'usure et à la publication des conditions de banque. Le plafond en vigueur en 2026 n'est pas publiquement accessible sous une forme consolidée, et nous ne le reprendrons donc pas ici.
📘 Pour comprendre : l'agrément
L'agrément est l'autorisation administrative sans laquelle un établissement ne peut légalement exercer l'activité de microfinance. Il est délivré par le ministre des Finances, sur avis conforme de la COBAC, après examen d'un dossier portant sur les actionnaires, les dirigeants, le business plan, les locaux et le système d'information.
Concrètement : un établissement non agréé qui collecte votre épargne n'est soumis à aucun contrôle prudentiel. En cas de défaillance, aucune procédure organisée ne protège vos dépôts.
Pourquoi ça compte : vérifier l'agrément prend cinq minutes et constitue la seule protection réellement à votre portée avant d'ouvrir un compte.
Quels produits proposent les EMF camerounais ?
Les produits d'épargne
Quatre familles se rencontrent couramment.
Le compte courant permet des retraits libres. Il est en général très faiblement rémunéré, voire pas du tout, et sert surtout à sécuriser les encaissements quotidiens d'un commerçant.
Le dépôt à terme (DAT) bloque une somme pour une durée convenue, en échange d'un taux supérieur. Plus la durée est longue, plus le taux est élevé. Un retrait anticipé entraîne généralement la perte des intérêts.
L'épargne projet vise un objectif daté : rentrée scolaire, mariage, construction. Les versements sont programmés et les retraits verrouillés jusqu'à l'échéance.
L'épargne nantie sert de garantie à un crédit. Elle reste bloquée tant que le prêt n'est pas remboursé.
Une précision indispensable : les taux de rémunération réellement pratiqués par les EMF camerounais ne font l'objet d'aucune publication centralisée, ni par la COBAC ni par la BEAC. Tout article qui annonce un « taux moyen d'épargne en EMF » sans citer sa source avance un chiffre invérifiable. Demandez le taux par écrit à votre établissement, produit par produit.
Les produits de crédit
Le microcrédit individuel finance un besoin ponctuel : stock, équipement, trésorerie. Les montants sont modestes et les durées courtes.
Le crédit solidaire repose sur un groupe dont les membres se portent mutuellement garants. Il permet d'emprunter sans garantie matérielle, mais engage chacun sur la défaillance des autres.
Le crédit à moyen terme finance un investissement plus lourd. À titre de repère régional, la note trimestrielle de la BCEAO sur la microfinance dans l'UMOA montre qu'à fin décembre 2024, les crédits des SFD étaient constitués à 51,2 % de concours à court terme, 30,3 % à moyen terme et 18,5 % à long terme. La microfinance reste donc majoritairement une affaire de court terme.
📘 Pour comprendre : le TAEG
Le TAEG (taux annuel effectif global) est le coût total du crédit, exprimé en pourcentage annuel, tous frais compris : intérêts, frais de dossier, assurance obligatoire, commissions. C'est le seul chiffre qui permette de comparer deux offres.
Concrètement : un crédit affiché à 12 % assorti de frais de dossier, d'une assurance et d'une commission d'étude peut afficher un TAEG nettement supérieur au taux annoncé. Le taux affiché ne dit presque rien du coût réel.
Pourquoi ça compte : le règlement n° 04/19/CEMAC/UMAC/CM encadre précisément le taux effectif global et la publication des conditions de banque. Exigez ce chiffre par écrit avant de signer, et comparez-le entre établissements plutôt que de comparer les taux nominaux.
Deux points méritent encore votre attention. Le mode de calcul des intérêts d'abord : un taux dégressif s'applique au capital restant dû et coûte moins cher qu'un taux fixe appliqué au capital initial, à pourcentage affiché identique. Les garanties ensuite : nantissement du salaire ou de l'épargne, hypothèque, caution solidaire, gage sur le fonds de commerce. Vérifiez ce que vous engagez exactement.
Pourquoi des EMF ferment-ils au Cameroun ?
C'est la question qui préoccupe le plus les épargnants camerounais, et elle appelle une réponse nuancée.
La qualité du portefeuille se dégrade
Selon le rapport annuel 2024 de la COBAC, les créances en souffrance des EMF de la zone CEMAC ont atteint 178 milliards de FCFA en 2024, contre 164 milliards en 2023, soit une hausse de 9 % sur un an. Autrement dit : le montant des crédits que les établissements n'arrivent pas à se faire rembourser augmente plus vite que leur activité.
Et cette dégradation est très majoritairement camerounaise. D'après les données de la BEAC reprises par Investir au Cameroun, le Cameroun concentre à lui seul 81 % des impayés de la zone, soit 144 milliards de FCFA, loin devant le Congo (9 %) et le Gabon (7 %). Le pays qui distribue le plus de crédit est aussi celui qui en récupère le moins.
Le phénomène n'est pas propre à l'Afrique centrale. Dans l'UEMOA, la BCEAO relève un taux brut de dégradation du portefeuille des SFD de 8,9 % à fin décembre 2024, pour une norme maximale de 3,0 %. Le seuil réglementaire est donc dépassé de près de trois fois à l'échelle de l'Union.
La supervision s'est durcie
C'est l'explication principale du recul du nombre d'établissements. La réforme conduite par la COBAC en 2015 a élargi le contrôle bien au-delà des seuls ratios financiers.
Comme l'explique David Kengne, directeur général de Microfinance Academy, cité par Investir au Cameroun : « Jusqu'en 2015, un établissement respectant ses ratios financiers était considéré comme sain. Or, certains affichaient de bons chiffres tout en étant minés par des conflits de gouvernance ou un contrôle interne défaillant. »
Le nouveau cadre impose des exigences renforcées en matière de contrôle opérationnel, de conformité, de gestion des risques et d'audit interne. Après une période de transition allant jusqu'en 2020, la COBAC a intensifié ses contrôles à partir de 2021, entraînant la fermeture ou la mise sous tutelle des établissements jugés non conformes.
Les cas documentés
Plusieurs établissements camerounais ont fait l'objet de mesures depuis 2025, et l'Agence Ecofin en a documenté l'enchaînement.
Cepac Solidarité est sous administration provisoire depuis mars 2025. Cecil l'a été le même mois, avant que la COBAC ne franchisse l'étape suivante : retrait d'agrément et liquidation ordonnée, avec désignation d'un liquidateur chargé de réaliser l'actif et d'apurer le passif. Unics Plc, qui compte environ 68 000 clients et 18 agences, est sous administration provisoire depuis juin 2025. Idev a été directement liquidée, sans passer par la phase de redressement. Enfin, par une décision datée du 26 juin 2025, la COBAC a placé Nouvelle Financière Africaine (NOFIA) SA sous administration provisoire pour une durée de six mois. Des fermetures plus anciennes, comme celles de Cofinest, Comeci et Credit Fund, restent dans la mémoire collective des épargnants camerounais.
Le cas de Cecil illustre la mécanique : l'administration provisoire est une tentative de sauvetage, pas une garantie. Quand le redressement échoue, la liquidation suit.
Deux précisions. D'abord, ces situations évoluent : l'administration provisoire est prononcée pour six mois, renouvelables, et les décisions décrites ici correspondent aux dernières informations publiques disponibles à la date de publication de cet article. Ensuite, le nombre total d'épargnants affectés par ces défaillances n'est pas publié. Nous ne le chiffrerons donc pas.
📘 Pour comprendre : administration provisoire et liquidation
L'administration provisoire est une mesure de sauvetage. La COBAC dessaisit les dirigeants et nomme un administrateur chargé de redresser l'établissement. L'activité continue, souvent avec des retraits plafonnés. L'objectif est le retour à la normale.
La liquidation est une mesure terminale. L'établissement cesse son activité et ses actifs sont vendus pour rembourser, dans la mesure du possible, ses créanciers et ses déposants. Le remboursement intégral n'est jamais garanti.
Pourquoi ça compte : apprendre que son EMF est sous administration provisoire n'équivaut pas à apprendre qu'il ferme. Mais c'est un signal qui justifie de suivre l'affaire de près et de ne plus y placer d'argent nouveau.
Comment vérifier qu'un EMF est fiable avant d'y déposer son argent ?
Voici les vérifications à la portée de tout épargnant, par ordre d'importance.
1. Vérifiez l'agrément. Le ministère des Finances publie chaque année la liste des EMF autorisés à exercer. Si le nom de l'établissement n'y figure pas, arrêtez-vous là.
2. Identifiez la catégorie. Un établissement qui vous propose d'ouvrir un compte d'épargne alors qu'il n'est pas agréé en 2ᵉ catégorie, ou qui vous accepte comme déposant sans que vous soyez membre d'une coopérative de 1ʳᵉ catégorie, sort de son cadre légal.
3. Demandez les conditions par écrit. Taux d'intérêt sur l'épargne, TAEG sur le crédit, frais de dossier, frais de tenue de compte, conditions de retrait anticipé. Un établissement sérieux fournit ces éléments sans difficulté. Un refus est en soi une réponse.
4. Regardez les locaux et le système d'information. Une agence sans reçu numéroté, sans logiciel de gestion, où les opérations se notent sur un cahier, présente un risque opérationnel élevé.
5. Méfiez-vous des rendements anormalement élevés. Un établissement qui promet une rémunération de l'épargne très supérieure au marché doit financer cette promesse. Soit par des crédits très risqués, soit par les dépôts des nouveaux clients. Les deux finissent mal.
6. Surveillez les signaux de tension. Retraits soudainement plafonnés, délais de traitement qui s'allongent, agences fermées « pour inventaire », départ brutal de dirigeants, changement d'actionnaire non expliqué. Aucun de ces signes ne prouve une défaillance, mais leur accumulation justifie de récupérer son épargne.
7. Diversifiez. Ne concentrez pas toute votre épargne dans un seul établissement, quelle que soit sa réputation.
Microfinance au Cameroun et SFD de l'UEMOA : deux mondes voisins
La comparaison éclaire les forces et les limites du marché camerounais. Attention toutefois : les périmètres ne sont pas identiques, et le Cameroun est un pays quand l'UEMOA en compte huit.
Ce tableau met en évidence un déséquilibre d'information qu'il faut nommer clairement. La BCEAO publie chaque trimestre une note statistique détaillée sur la microfinance, incluant le nombre de clients, le montant moyen des dépôts et des crédits, la répartition par genre et la qualité du portefeuille. La COBAC ne publie pas d'équivalent d'une granularité comparable pour la zone CEMAC. Un épargnant camerounais dispose donc de moins d'information publique qu'un épargnant sénégalais ou ivoirien pour évaluer son secteur.
La BCEAO documente aussi un point que le débat public camerounais aborde peu : la répartition de la microfinance entre hommes et femmes. À fin décembre 2024, dans l'UEMOA, l'épargne mobilisée par les SFD provenait à 50,2 % des hommes, 25,4 % des femmes et 24,4 % des groupements. Côté crédit, les hommes ont bénéficié de 52,6 % des concours, les groupements de 28,2 % et les femmes de 19,2 %. La microfinance, souvent présentée comme un outil d'autonomisation féminine, distribue donc en réalité une nette majorité de ses crédits à une clientèle masculine.
Microfinance et tontine : concurrence ou complémentarité ?
Aucune analyse de la microfinance au Cameroun n'est complète sans la tontine. Le njangi, la tontine tournante, la tontine mutuelle continuent de mobiliser une part considérable de l'épargne des ménages camerounais, en dehors de tout circuit formel.
Les deux systèmes ne remplissent pas la même fonction.
La tontine repose sur la confiance interpersonnelle et le contrôle social. Elle ne coûte presque rien, ne demande aucun document, et la sanction du défaut de paiement est sociale avant d'être financière. Sa limite : elle n'offre aucun recours juridique organisé, le montant accessible est plafonné par la capacité du groupe, et le calendrier de perception est fixé par le tour, pas par le besoin.
L'EMF repose sur un contrat, un agrément et un régulateur. Il permet d'emprunter au moment où le besoin apparaît, pour un montant supérieur à ce qu'un groupe d'amis peut réunir, et laisse une trace écrite opposable. Sa limite : il coûte plus cher, exige des garanties, et son sérieux dépend d'une supervision dont les cas de défaillance montrent qu'elle n'est pas infaillible.
En pratique, une grande partie des Camerounais utilisent les deux, pour des usages distincts. C'est une stratégie de diversification, et elle est rationnelle.
Où va la microfinance camerounaise ?
Le principal moteur du secteur dans les années à venir est l'inclusion financière, et l'ampleur du chantier est considérable.
Selon la Stratégie régionale d'inclusion financière élaborée par la BEAC, le taux d'inclusion financière en zone CEMAC s'établissait à 32 % en 2021. Le taux mesure la proportion d'adultes de plus de 15 ans disposant d'un compte dans un établissement de crédit, dans un établissement de microfinance, ou d'un compte de paiement mobile money.
Les écarts entre pays sont spectaculaires : Gabon 47 %, Cameroun 45 %, Guinée équatoriale 10 %, Tchad 5 %, Congo 4 %, République centrafricaine 3 % en 2021.
La BEAC vise 60 % en 2029 et 75 % en 2032. Ces cibles supposent de bancariser plusieurs dizaines de millions de personnes en une décennie, ce que le réseau physique d'agences ne permettra pas seul.
Le levier identifié est le mobile money. La BEAC dénombrait à cette période environ 35 millions de comptes de paiement mobile en zone CEMAC, dont 14 millions actifs. L'écart entre comptes ouverts et comptes réellement utilisés indique que l'ouverture d'un compte ne suffit pas : l'usage reste à construire.
Pour les EMF camerounais, cela dessine une double contrainte. Se digitaliser pour rester compétitifs face aux opérateurs de mobile money, tout en satisfaisant des exigences prudentielles renforcées depuis 2021. Les établissements qui n'y parviendront pas ne resteront pas sur la liste du ministère des Finances.
Quelle est la différence entre un EMF et une banque au Cameroun ?
Un EMF et une banque relèvent de régimes juridiques distincts. L'EMF cible une clientèle exclue du système bancaire, avec des montants plus faibles, des garanties allégées et des procédures plus souples. Il est agréé par le ministère des Finances sur avis conforme de la COBAC, avec des exigences de capital inférieures à celles d'une banque : 300 millions de FCFA pour la 2ᵉ catégorie.
Comment savoir si un établissement de microfinance est agréé au Cameroun ?
Le ministère des Finances publie chaque année la liste officielle des EMF autorisés à exercer sur le territoire national. Au 31 décembre 2025, elle comptait 385 établissements. Si le nom de votre établissement n'y figure pas, il exerce illégalement et vos dépôts ne bénéficient d'aucune supervision prudentielle.
Combien de crédits la microfinance distribue-t-elle au Cameroun ?
Selon le rapport annuel 2024 de la COBAC, les EMF camerounais ont octroyé 659,4 milliards de FCFA de crédits en 2024, en hausse d'environ 41 milliards sur un an. Ce volume représente 57,6 % du marché du crédit de la microfinance dans la zone CEMAC, soit trois fois les crédits des EMF du Congo et six fois ceux du Gabon.
Que se passe-t-il si mon EMF est placé sous administration provisoire ?
La COBAC dessaisit les dirigeants et nomme un administrateur chargé de redresser l'établissement. L'activité se poursuit, souvent avec des retraits plafonnés. Ce n'est pas une fermeture, mais un signal de fragilité. En cas d'échec, la procédure peut évoluer vers une liquidation, où les actifs sont vendus pour rembourser les déposants sans garantie d'intégralité.
Pourquoi le nombre d'EMF diminue-t-il au Cameroun ?
Le recul de 390 établissements au 31 décembre 2024 à 385 au 31 décembre 2025 résulte du durcissement de la supervision. La réforme COBAC de 2015 a étendu le contrôle à la gouvernance, à la conformité et à l'audit interne. Après une transition jusqu'en 2020, les contrôles se sont intensifiés à partir de 2021, écartant les acteurs non conformes.
Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.