Centrafrique : la crise CMCA fait chuter la microfinance | Microfin Times
Centrafrique : la crise des CMCA fait chuter la microfinance de 30 %
Le secteur centrafricain de la microfinance a perdu près d'un tiers de sa taille en 2025, plombé par la crise persistante des Caisses mutuelles de Centrafrique (CMCA), placées sous administration provisoire depuis le 26 juin 2025. Ce recul s'accompagne d'un effondrement des crédits distribués aux emprunteurs.
Le secteur centrafricain de la microfinance a perdu près d'un tiers de sa taille en 2025, plombé par la crise persistante des Caisses mutuelles de Centrafrique (CMCA), placées sous administration provisoire depuis le 26 juin 2025. Ce recul s'accompagne d'un effondrement des crédits distribués aux emprunteurs.
Un secteur qui a perdu un tiers de sa taille en un an
Le total de bilan des établissements de microfinance (EMF) centrafricains, c'est-à-dire la valeur totale de leurs actifs (crédits accordés, placements, liquidités), a reculé de 30,5 % entre 2024 et 2025. C'est ce que documente le rapport « Situation des établissements de microfinance à fin décembre 2025 », publié le 30 juin 2026 par le Comité national économique et financier (CNEF), l'organe officiel qui compile les statistiques du système financier centrafricain. Sur les six EMF agréés dans le pays au 31 décembre 2025, quatre seulement transmettaient encore régulièrement leurs états financiers aux autorités de contrôle.
Ce recul touche en premier lieu les Caisses mutuelles de Centrafrique (CMCA), le principal réseau du pays, mais aussi Sofia-Crédit, un autre établissement en contreperformance.
Pourquoi les crédits aux clients se sont-ils effondrés ?
Les crédits bruts distribués par les EMF centrafricains ont chuté de 46,1 % sur un an, un repli qui traduit la prudence extrême des établissements en difficulté : en pleine restructuration, la CMCA a fortement réduit ses nouveaux prêts pour ne pas aggraver son exposition au risque.
Cette contraction du crédit a un effet mécanique sur les statistiques de qualité du portefeuille. Les créances en souffrance, c'est-à-dire les crédits que les emprunteurs ne remboursent plus dans les délais prévus, sont passées de 3,45 milliards à 1,62 milliard de FCFA entre décembre 2024 et décembre 2025, soit un repli de 53,1 %. Une amélioration en trompe-l'œil : moins il y a de nouveaux crédits accordés, moins il peut y avoir de nouveaux impayés. Le ratio de créances en souffrance (la part des crédits impayés dans l'ensemble des crédits en cours) reste élevé, à 32,8 %, contre 37,7 % un an plus tôt. Les établissements avaient provisionné, c'est-à-dire mis de côté pour absorber d'éventuelles pertes, 74,3 % de ces créances à fin 2025, contre 76,1 % l'année précédente.
La CMCA sous administration provisoire : que s'est-il passé depuis juin 2025 ?
La COBAC (Commission bancaire de l'Afrique centrale, le régulateur bancaire commun aux six pays de la zone CEMAC, dont le Cameroun) a placé la CMCA sous administration provisoire le 26 juin 2025. Concrètement, cette mesure retire la gestion de l'établissement à ses dirigeants et la confie à un administrateur mandaté par le régulateur, chargé selon les mots du gouverneur de la BEAC de sauver l'établissement, de procéder aux recouvrements, de protéger les avoirs des sociétaires et de rétablir l'équilibre financier de la caisse, d'après les propos tenus par Yvon Sana Bangui devant le président centrafricain le 22 juin 2026 et rapportés par Gabonreview.
L'administrateur provisoire, Jacob Mbaïtadjim, a détaillé à la radio Ndékè Luka l'ampleur du problème hérité, selon Corbeau News Centrafrique : à son arrivée, l'institution était proche de la cessation de paiement et incapable de restituer l'épargne à ses sociétaires. Il évoque une gestion passée marquée par des crédits accordés sans garanties suffisantes et des malversations internes qui ont donné lieu à des poursuites judiciaires contre plusieurs cadres et agents, dont certains sont aujourd'hui détenus. Un plan de restructuration validé par la COBAC a depuis été engagé, avec le recrutement de nouveaux cadres. L'enjeu dépasse la seule institution : la CMCA compte environ 32 000 sociétaires, et sa chute provoquerait une onde de choc sur l'ensemble du système financier centrafricain.
Cette restructuration n'a toutefois pas fait que des heureux en interne. Une partie du personnel a été placée en chômage technique. Selon le Journal de Bangui, une vingtaine d'agents ont manifesté fin avril 2026 devant le siège de l'institution pour réclamer leur réintégration après trois mois sans salaire, dénonçant une décision qu'ils jugent arbitraire et le manque de dialogue de l'administration provisoire. La direction des CMCA n'avait pas réagi publiquement au moment de cette manifestation.
Ce que demande la BEAC pour accélérer le redressement
Reçu par le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra le 22 juin 2026, le gouverneur de la BEAC et président de la COBAC, Yvon Sana Bangui, a de nouveau évoqué les difficultés structurelles de la CMCA. Il a demandé l'appui des autorités centrafricaines pour le lancement immédiat d'un audit indépendant et approfondi, afin d'établir les responsabilités dans la gestion passée de l'établissement, tout en insistant sur la nécessité de préserver cet outil au service des épargnants centrafricains et de favoriser le recouvrement de leurs avoirs.
À retenir
Cette crise ne concerne pas les EMF camerounais : elle touche le réseau CMCA, en République centrafricaine, un pays distinct mais régulé par la même COBAC que le Cameroun.
Un établissement « sous administration provisoire » n'est pas en liquidation. C'est une mesure de sauvegarde qui vise justement à protéger l'épargne des déposants pendant la restructuration.
Si vous êtes sociétaire de la CMCA : renseignez-vous directement auprès de l'administration provisoire de l'établissement sur le calendrier de restitution de vos dépôts, plutôt que de vous fier aux rumeurs.
Cette affaire rappelle une règle valable partout dans la zone CEMAC, y compris au Cameroun : avant de déposer votre épargne dans un EMF, vérifiez qu'il figure bien parmi les établissements agréés par la COBAC.
En résumé : le secteur centrafricain de la microfinance a perdu 30,5 % de sa taille en 2025, sous l'effet de la crise du réseau CMCA, placé sous administration provisoire par la COBAC depuis le 26 juin 2025. Le régulateur réclame un audit indépendant pour établir les responsabilités, tandis qu'une partie du personnel conteste en interne les mesures de restructuration.
Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.