Peut-on protéger son épargne sans une information économique fiable ? Non, répond en substance une tribune remarquée du secteur bancaire. Le 27 avril 2026, à Yaoundé, le directeur général d'Afriland First Bank, Celestin Guela Simo, signait un plaidoyer inhabituel : faire de la presse économique professionnelle une véritable « infrastructure » du marché financier de la CEMAC, au même titre que les systèmes de paiement ou les régulateurs. Il s'exprime à titre personnel - décryptage, et ce que cela change, très concrètement, pour vous.
Ce que dit la tribune
Le constat de départ est simple : un investisseur qui veut engager de l'argent en Afrique centrale ne trouve, selon l'auteur, « trop souvent que des dépêches produites hors de la sous-région. Rarement depuis Yaoundé, Douala, Libreville, N'Djamena, Brazzaville, Malabo ou Bangui ». Autrement dit, l'information financière sur la zone est surtout écrite ailleurs.
Pour Celestin Guela Simo, la presse économique professionnelle n'est « pas un accessoire de communication » mais « un bien public qui conditionne la profondeur du marché ». Sa thèse : sans information locale, crédible et vérifiée, le marché financier reste peu profond, moins attractif pour les capitaux, et plus vulnérable. « La zone CEMAC ne peut pas construire un marché financier mature sans une presse économique forte », résume-t-il.
Pourquoi ça concerne directement votre argent
C'est ici que la tribune rejoint le quotidien de l'épargnant. L'auteur rappelle qu'« une fausse nouvelle sur la solvabilité d'un établissement financier peut, en quarante-huit heures, déclencher un mouvement de panique aux conséquences systémiques ».
Ce n'est pas une abstraction. Une rumeur - « telle microfinance ne rembourse plus » - qui se propage sur WhatsApp ou dans un quartier peut pousser tous les déposants à retirer leur argent en même temps. Ce mouvement de panique, à lui seul, peut achever un établissement qui aurait pu tenir. C'est exactement le mécanisme que nous décrivons dans nos alertes sur les EMF placés sous administration provisoire : face à la rumeur, seule une information vérifiée et sourcée protège votre épargne d'une décision de panique.
Une presse économique solide joue donc un double rôle pour vous : elle étouffe les fausses nouvelles avant qu'elles ne fassent des dégâts, et elle vous donne les moyens de distinguer un établissement sain d'un établissement en difficulté avant d'y déposer votre argent.
Les trois pièges que l'auteur veut éviter
La tribune est lucide sur les dérives possibles d'un soutien à la presse :
- La capture rédactionnelle : une presse « trop dépendante des annonceurs bancaires perd progressivement sa fonction critique ».
- La dispersion sans critère : le soutien doit récompenser la qualité analytique - formation, déontologie, capacité d'enquête - pas le volume.
- La confusion des genres : ne pas mélanger sponsoring, publicité, partenariat éditorial et mécénat.
Ces mises en garde rejoignent la ligne de Microfin Times : une information au service du lecteur, pas des acteurs du secteur.
Ce qu'il propose concrètement
Pour muscler cette « infrastructure », l'auteur avance trois leviers : ouvrir aux journalistes l'accès aux dirigeants, aux analystes et aux données sectorielles ; soutenir la formation (normes comptables IFRS 9, réglementation COBAC, analyse financière) ; et instituer un « Prix du Journalisme Économique de la CEMAC » doté significativement, avec un jury indépendant, pour récompenser l'excellence.
À noter : qui parle, et dans quel intérêt
Un point de transparence, essentiel pour lire cette tribune à sa juste valeur. Son auteur s'exprime à titre personnel, mais il dirige une banque, Afriland First Bank, et rattache explicitement son propos à la stratégie « HORIZON 2030 » de son établissement et à son sponsoring de la « Finance Week 2026 ». Le propos est stimulant, mais il émane d'un acteur qui a intérêt à un environnement financier plus lisible - et qui pratique lui-même le soutien à des événements financiers. C'est d'ailleurs tout le sel du premier risque qu'il pointe (la dépendance aux annonceurs bancaires) : il vaut aussi pour son propre engagement. À prendre, donc, comme une contribution au débat, pas comme une parole neutre.
À retenir : dans une tribune signée à Yaoundé le 27 avril 2026, le DG d'Afriland First Bank érige la presse économique locale en pilier du marché financier de la CEMAC. Pour vous, épargnant, le message utile est simple : une information fiable et vérifiée est votre première protection contre les rumeurs qui provoquent les paniques - et contre les mauvaises décisions de placement. Vérifiez toujours vos sources avant de retirer ou de déposer.
Publié le 10/07/2026 · Analyse d'une tribune d'opinion signée à Yaoundé le 27 avril 2026. Sources :
- Celestin Guela Simo, « La presse économique, infrastructure oubliée du marché financier de la CEMAC » (tribune, Investir au Cameroun)
- Guela Simo (Afriland) : la presse économique, socle du marché financier de la CEMAC (237online)
- BEAC / COBAC - supervision bancaire et microfinance en zone CEMAC
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