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PAR30 de NOFIA sous 4 % : ce que le chiffre ne prouve pas

NOFIA S.A. affiche un portefeuille à risque à 30 jours (PAR30) ramené de 32,39 % à moins de 4 % entre août 2025 et le 30 juin 2026, selon les chiffres communiqués par l'établissement et rapportés par Investir au Cameroun. Un tel chiffre peut recouvrir trois réalités très différentes : un recouvrement effectif, un passage en perte de créances irrécouvrables, ou simplement la croissance du portefeuille de crédit. Sans décomposition publiée, il est impossible de dire laquelle domine.

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PAR30 de NOFIA sous 4 % : ce que le chiffre ne prouve pas

Un PAR30 qui décuple à la baisse en douze mois est, en microfinance, un événement rare. La norme généralement citée par les praticiens du secteur situe le seuil de vigilance à 10 %, les établissements les mieux gérés se maintenant entre 3 % et 6 %, selon le guide technique d'indicateurs de performance publié par la BID. NOFIA affiche donc, sur le papier, un ratio proche des meilleurs standards du secteur, un an à peine après avoir été placée sous administration provisoire pour fragilités financières.

Ce papier ne conteste pas le chiffre : il l'interroge. Il explique ce qu'est le PAR30, ce que la réglementation COBAC impose aux établissements de microfinance en matière de classement et de provisionnement des créances, et pourquoi ce cadre réglementaire lui-même peut, à lui seul, expliquer une partie de la baisse observée chez NOFIA, indépendamment de la qualité réelle du recouvrement.

Le PAR30, un thermomètre du portefeuille de crédit

📘 Pour comprendre : le PAR30

Portefeuille à risque à 30 jours (PAR30) - part de l'encours total de crédits pour laquelle au moins une échéance est impayée depuis plus de 30 jours, rapportée à l'encours total. Ce n'est pas le montant effectivement perdu : c'est un indicateur d'alerte précoce. Concrètement : un PAR30 de 32,39 % signifie qu'environ un tiers de l'encours de crédit de l'établissement présentait au moins un impayé de plus de 30 jours à la date de mesure. Pourquoi ça compte : le PAR30 conditionne le niveau de provisionnement exigé par le régulateur, donc le résultat net et les fonds propres de l'établissement. Un PAR30 élevé et non traité peut, à terme, éroder la solvabilité au point de déclencher une intervention du régulateur - ce qui est précisément arrivé à NOFIA en juin 2025.

Le PAR30 seul ne dit rien de sa propre trajectoire. Il peut baisser pour de bonnes raisons (les clients remboursent) ou pour des raisons purement comptables (les créances sortent du calcul autrement que par le remboursement). C'est cette seconde possibilité que la communication de NOFIA n'aborde pas.

Ce que la réglementation COBAC impose aux créances en retard

Le sort d'une créance en retard dans un EMF camerounais n'est pas laissé à l'appréciation de l'établissement : il est encadré, jour par jour, par le règlement COBAC EMF R-2017/07 relatif à la classification, à la comptabilisation et au provisionnement des créances des EMF. Trois règles de ce texte sont déterminantes pour comprendre la trajectoire d'un PAR30.

Premièrement, le basculement en créance douteuse est automatique. L'article 8 du règlement classe en créance douteuse tout concours (hors immobilier) comportant une échéance impayée depuis plus de 45 jours. Passé ce seuil, la créance change de catégorie comptable, qu'elle soit ou non recouvrable in fine.

Deuxièmement, le provisionnement des créances non garanties est plafonné dans le temps, pas dans le montant. L'article 17 impose l'intégralité du provisionnement, sous un délai maximal d'un an, pour toute créance douteuse non couverte par une garantie éligible. Un établissement ne peut donc pas laisser une créance douteuse non provisionnée indéfiniment : le règlement l'y contraint.

Troisièmement, le passage en perte devient obligatoire après trois ans. L'article 10 dispose que les créances douteuses entièrement provisionnées depuis plus de trois ans doivent être reclassées en créances irrécouvrables, et l'article 15 impose alors leur passage en perte pour l'intégralité du montant. Ce basculement fait mécaniquement sortir la créance du calcul du PAR30 - non parce qu'elle a été remboursée, mais parce qu'elle a été radiée du bilan.

NOFIA, EMF créé en 2009, totalisait dix-sept ans d'activité en 2026. Un établissement de cet âge, confronté à des fragilités financières suffisamment sérieuses pour justifier une administration provisoire en juin 2025, a statistiquement de bonnes chances de porter dans son bilan des créances douteuses anciennes, en cours ou en fin de provisionnement. Le calendrier de la sortie d'administration provisoire, en septembre 2026, tombe d'ailleurs après la fenêtre où ce mécanisme réglementaire de passage en perte peut jouer à plein sur les dossiers les plus anciens.

Trois chemins mènent à un PAR30 en baisse

Sur la seule base de ce que la réglementation autorise et impose, trois mécanismes peuvent expliquer, seuls ou combinés, une chute du PAR30 comme celle affichée par NOFIA.

Le recouvrement effectif. Le client rembourse, la créance redevient saine, elle sort du numérateur du PAR30. C'est le scénario que la communication de l'établissement met en avant, avec un montant précis : 280,04 millions de FCFA de créances recouvrées sur la période, selon Investir au Cameroun.

Le passage en perte. La créance devenue irrécouvrable, au sens de l'article 10 du règlement, sort du bilan et donc du calcul du PAR30 - sans qu'un franc n'ait été recouvré. Ce mécanisme est non seulement autorisé mais obligatoire dans les conditions décrites plus haut. Aucune donnée communiquée par NOFIA ne permet de savoir quelle part de la baisse lui revient.

La dilution par la croissance du portefeuille. Le PAR30 est un ratio, pas un montant. Si l'encours total de crédit augmente plus vite que l'encours en souffrance, le ratio baisse mécaniquement, même si aucune créance ancienne n'a bougé. Les comptes clients actifs de NOFIA ont progressé de 67 977 en août 2025 à 74 824 en juin 2026, soit une hausse de 10,1 %, selon Investir au Cameroun - un rythme de croissance de l'activité qui, à lui seul, contribue à diluer le poids relatif des impayés anciens.

Que sait-on vraiment de la baisse du PAR30 de NOFIA ?

À ce stade, la réponse honnête est : pas assez pour trancher. Voici ce que les données publiques permettent, et ne permettent pas, d'établir.

Ce qui est confirmé. Le PAR30 est passé de 32,39 % à moins de 4 % entre août 2025 et le 30 juin 2026. Un montant de 280,04 millions de FCFA de créances a été recouvré sur la période. Les comptes clients actifs et les dépôts ont progressé sur la même fenêtre.

Ce qui reste inconnu. Le montant total de l'encours de crédit de NOFIA à chaque date de mesure n'a pas été publié, ce qui interdit de calculer la part exacte que représentent les 280,04 millions recouvrés dans la baisse totale du PAR30. Aucun chiffre de créances passées en perte n'a été communiqué. Aucun état financier audité pour 2025 ou le premier semestre 2026 n'est disponible à ce jour.

Ce que la réglementation rend plausible. Compte tenu de l'ancienneté de l'établissement, du motif de mise sous administration provisoire, et du délai réglementaire de provisionnement intégral sous un an pour les créances douteuses non garanties, une partie significative de l'amélioration a pu provenir de créances anciennes sorties du bilan par passage en perte plutôt que d'un recouvrement client. Cette hypothèse n'est ni confirmée ni infirmée par les éléments publiés : elle découle uniquement de la lecture du règlement COBAC EMF R-2017/07 appliqué à un établissement dans la situation de NOFIA.

Un point mérite d'être clair : le passage en perte de créances irrécouvrables anciennes n'est pas en soi un signe de mauvaise gestion. C'est un exercice comptable de vérité imposé par le régulateur, qui assainit le bilan. Le problème n'est pas la méthode : c'est l'absence de décomposition publique qui empêche le lecteur, le déposant ou l'investisseur de savoir ce que le chiffre de 4 % mesure réellement.

Les chiffres clés à retenir

IndicateurValeurDateSource
PAR30 avant redressement32,39 %Août 2025Investir au Cameroun
PAR30 après redressementMoins de 4 %30 juin 2026Investir au Cameroun
Créances recouvrées280,04 millions FCFACumul à juin 2026Investir au Cameroun
Comptes clients actifs67 977 → 74 824 (+10,1 %)Août 2025 - juin 2026Investir au Cameroun
Seuil de vigilance PAR30 (norme secteur)10 %Référence généraleGuide technique BID
Délai maximal de provisionnement intégral (créance douteuse non garantie)1 anEn vigueurRèglement COBAC EMF R-2017/07
Délai de passage en irrécouvrable (créance douteuse entièrement provisionnée)3 ansEn vigueurRèglement COBAC EMF R-2017/07

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une créance douteuse selon la réglementation COBAC ?

Selon l'article 8 du règlement COBAC EMF R-2017/07, une créance (hors crédit immobilier) devient douteuse dès qu'au moins une échéance est impayée depuis plus de 45 jours. Elle sort alors de son compte d'origine et doit faire l'objet d'un provisionnement.

Un PAR30 en forte baisse est-il toujours un bon signe ?

Pas nécessairement. Une baisse peut résulter d'un recouvrement réel, mais aussi d'un passage en perte de créances anciennes ou d'une simple croissance du portefeuille qui dilue le poids des impayés. Sans décomposition publiée, un PAR30 en baisse ne prouve pas, à lui seul, une amélioration de la qualité du portefeuille.

La COBAC impose-t-elle un délai pour traiter les créances douteuses ?

Oui. L'article 17 du règlement impose l'intégralité du provisionnement sous un délai maximal d'un an pour toute créance douteuse non couverte par une garantie éligible. L'article 10 impose ensuite le passage en irrécouvrable, puis en perte, pour toute créance douteuse entièrement provisionnée depuis plus de trois ans.

NOFIA a-t-elle communiqué la part de sa baisse de PAR30 due au recouvrement plutôt qu'au passage en perte ?

Non. L'établissement a communiqué un montant de créances recouvrées (280,04 millions de FCFA) mais aucune décomposition entre recouvrement, passage en perte et effet de croissance du portefeuille. Cette information a été demandée à la direction de NOFIA dans le cadre de la préparation de ce dossier.

Oumarou Sanda

À propos de l'auteur

Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.

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