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Géant du crédit, champion du risque : le paradoxe camerounais de la microfinance

Le Cameroun pèse 57,6 % des crédits de microfinance de la CEMAC, mais concentre aussi la majeure partie des impayés de la sous-région. Décryptage d'un secteur à deux visages.

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Géant du crédit, champion du risque : le paradoxe camerounais de la microfinance

Le Cameroun distribue le plus de crédits de microfinance d'Afrique centrale, mais concentre aussi l'essentiel des impayés de la sous-région. Ce double visage - puissance et fragilité - dit beaucoup de la santé du secteur, et il vous concerne directement en tant qu'épargnant ou emprunteur.

Le Cameroun, poids lourd du crédit en zone CEMAC

En 2024, les établissements de microfinance (EMF) camerounais ont distribué 659,4 milliards de FCFA de crédits, soit 57,6 % de l'ensemble accordé dans la zone CEMAC, selon les données de la COBAC relayées par Investir au Cameroun. Le pays est, de loin, le premier marché de la sous-région.

Le revers : 81 % du risque de la sous-région

Ce leadership a un prix. Selon les données de la BEAC, le Cameroun concentre à lui seul environ 81 % de la dégradation du portefeuille de crédits de la CEMAC. Les créances douteuses - ces prêts que les emprunteurs ne remboursent plus - ont atteint 178 milliards de FCFA en 2024 pour l'ensemble de la sous-région, en hausse de 8,9 % sur un an. La part camerounaise de ces impayés avoisine 144 milliards de FCFA.

Pourquoi un tel paradoxe ?

La densité même du réseau camerounais - le plus fourni de la CEMAC, avec 384 EMF sur les 521 agréés dans la sous-région - multiplie les acteurs, dont certains aux pratiques de gestion fragiles. Gouvernance défaillante, contrôle interne insuffisant, octroi de crédits mal maîtrisé : autant de faiblesses que la COBAC pointe régulièrement dans son rapport annuel.

Ce que ces chiffres changent pour votre argent

Pour l'emprunteur comme pour l'épargnant, ces données ne sont pas abstraites. Un portefeuille dégradé fragilise l'établissement : c'est souvent le premier signe qui précède une mise sous administration provisoire, voire une fermeture. La santé financière de votre microfinance vous concerne donc directement.

Les signes qui doivent alerter

Quelques indices peuvent vous mettre la puce à l'oreille :

  • des difficultés répétées à retirer votre argent ;
  • des agences qui ferment ou réduisent leurs horaires ;
  • des retards de paiement des salaires du personnel ;
  • une communication opaque sur les comptes de l'établissement.

En cas de doute, mieux vaut diversifier son épargne et privilégier les établissements les mieux établis et clairement agréés.


À retenir : le Cameroun cumule 57,6 % des crédits de microfinance de la CEMAC mais 81 % de la dégradation du portefeuille. Un secteur puissant mais inégal : surveillez les signaux de fragilité de votre EMF et ne concentrez pas toute votre épargne au même endroit.

Vérifié le 10/07/2026. Sources :

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Oumarou Sanda

À propos de l'auteur

Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.

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