
Le sujet n'a rien d'anecdotique pour les dirigeants d'établissements de microfinance (EMF) de la zone. Une bonne part de leurs opérations de collecte et de remboursement transite déjà par le mobile money, lui-même connecté aux opérateurs télécoms via des agrégateurs : ces intermédiaires techniques et commerciaux relient opérateurs, banques, fintechs et marchands, et détiennent au passage, parfois plusieurs jours, des sommes qui appartiennent in fine au client.
C'est ce circuit que la COBAC a mis sur la table le 25 septembre 2026 à Malabo, lors de sa concertation annuelle avec les professionnels de la banque et de la finance des six pays de la CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad), présidée par le gouverneur de la BEAC et président de la COBAC, Yvon Sana Bangui. Le régulateur intervient alors qu'une réforme complète du cadre applicable aux services de paiement est en préparation, avec une entrée en vigueur visée au 1er janvier 2027. Pour les EMF, les agrégateurs et les établissements de paiement de la zone, la question posée est simple : qui répond aujourd'hui de l'argent du client quand il transite par un intermédiaire non agréé comme établissement de paiement à part entière ?
Trois zones de risque identifiées par la COBAC
Le communiqué final de la rencontre, relayé par Investir au Cameroun, identifie trois axes d'examen. D'abord la nature des relations entre établissements de paiement et agrégateurs : qui sous-traite quoi, et sous quelle responsabilité juridique. Ensuite le traitement comptable de certaines opérations, c'est-à-dire la façon dont ces flux sont enregistrés dans les livres de chacun des intermédiaires. Enfin les risques liés à la circulation des fonds de clientèle par des comptes qui ne sont pas ceux de l'établissement de paiement agréé lui-même.
Africtelegraph précise le rôle de ces agrégateurs : de simples connecteurs techniques et commerciaux entre opérateurs de téléphonie, banques, fintechs et marchands, qui détiennent temporairement des sommes appartenant aux clients finaux. Le communiqué ne précise ni les volumes concernés, ni les établissements visés, ni la nature exacte d'un futur encadrement, qu'il s'agisse d'une obligation de cantonnement renforcée, d'une séparation comptable stricte ou d'un reporting spécifique. Aucun calendrier n'a été communiqué.
📘 Pour comprendre : un agrégateur de mobile money
Un agrégateur est une entreprise technique qui connecte plusieurs opérateurs de mobile money, banques ou marchands à travers une seule interface, pour éviter à chacun de négocier une intégration séparée avec chaque acteur.
Concrètement : un marchand qui accepte à la fois Orange Money, MTN MoMo et une carte bancaire passe souvent par un seul agrégateur, qui centralise ces flux avant de les reverser.
Pourquoi ça compte : l'agrégateur n'est en général pas lui-même un établissement de paiement agréé. L'argent du client transite pourtant, un instant, par ses comptes à lui, avant d'atteindre sa destination finale.
Un vide juridique que la réforme 2027 doit combler
Le cadre en vigueur, le règlement n°04/18/CEMAC/UMAC/COBAC du 21 décembre 2018 relatif aux services de paiement, impose déjà à tout établissement de paiement agréé de cantonner les fonds reçus de sa clientèle dans un compte séquestre, sous un jour ouvré, protégé des poursuites de ses propres créanciers. Le texte ne nomme en revanche pas les agrégateurs comme catégorie distincte d'opérateurs régulés, ce qui laisse une zone grise sur le statut exact des sommes qui transitent par leurs comptes avant d'atteindre l'établissement de paiement.
C'est cette zone grise que la réforme en préparation doit combler. Selon Droit Médias Finance, le projet de règlement sur les services de paiement, qui abrogerait le texte de 2018 avec une entrée en vigueur visée au 1er janvier 2027, créerait une catégorie d'opérateurs de paiement dédiée à l'agrégation, aux côtés de l'acquisition et de l'initiation de paiement. Il prévoit aussi un dispositif d'expérimentation réglementaire, ou bac à sable, de douze mois renouvelable une fois, et renforce la protection des fonds cantonnés, désormais logés à la banque centrale, rémunérés et explicitement à l'abri d'une saisie par les créanciers du prestataire.
Cette réforme était déjà à l'ordre du jour d'une précédente rencontre de la COBAC à Libreville, du 22 au 24 juin 2026. Sikafinance y relevait l'examen de huit projets de règlement, dont celui sur les services de paiement, avec notamment un capital minimum réduit pour les opérateurs de paiement de seconde catégorie et un assouplissement des conditions de recours aux distributeurs de services de paiement. La séquence Libreville puis Malabo dessine un régulateur qui teste sur le terrain, réunion après réunion, les zones à risque que son nouveau cadre devra couvrir avant de le publier.
Pourquoi les établissements de microfinance sont-ils concernés ?
La même rencontre de Malabo a mis sur la table une seconde difficulté, distincte mais connexe : les établissements de microfinance de la zone peinent à obtenir des codes USSD, cette technologie qui permet d'accéder à un service financier depuis n'importe quel téléphone, sans connexion internet ni application. Le communiqué, toujours relayé par Investir au Cameroun et Africtelegraph, qualifie l'USSD de levier essentiel pour le développement des services financiers digitaux des EMF, sans détailler quels acteurs bloquent l'accès ni pourquoi.
Le lien avec les agrégateurs n'est pas anodin. Un EMF qui distribue ou collecte via mobile money dépend d'un code USSD, généralement négocié avec un opérateur télécom ou par l'intermédiaire d'un agrégateur, pour toucher une clientèle qui n'a souvent qu'un téléphone basique. Fin 2024, la CEMAC comptait 521 établissements de microfinance, pour 177,8 milliards de FCFA de créances en souffrance, selon les chiffres présentés lors de la rencontre de Libreville et relayés par Sikafinance. Une part croissante de leur activité de collecte et de remboursement transite par ces canaux numériques : la même incertitude sur le statut des fonds détenus par les agrégateurs les concerne donc directement, au même titre que les établissements de paiement au sens strict.
Un marché mobile money dominé par le Cameroun
L'enjeu se mesure à l'échelle du marché. En 2024, le Cameroun concentrait 65,1 % des comptes mobile money ouverts dans la CEMAC, soit 30,9 millions de comptes, et 57 % de la valeur des transactions, soit 26 773 milliards de FCFA, selon un rapport de la BEAC relayé par Investir au Cameroun. L'ensemble de la zone CEMAC comptait 51,2 millions de comptes, en hausse de 28 % sur un an, pour 34 778,5 milliards de FCFA transigés, en progression de 20,33 %.
Cette concentration explique pourquoi un flou réglementaire sur les agrégateurs, même circonscrit à trois axes d'examen sans obligation immédiate, retient l'attention du superviseur régional : c'est au Cameroun que la majorité des flux transitent, et donc que le risque, quel qu'il soit, se matérialiserait en premier.
Les chiffres clés à retenir
| Indicateur | Valeur | Date | Source |
|---|---|---|---|
| Part du Cameroun dans les comptes mobile money CEMAC | 65,1 % (30,9 millions de comptes) | 2024 | Investir au Cameroun |
| Part du Cameroun dans la valeur des transactions mobile money CEMAC | 57 % (26 773 Md FCFA) | 2024 | Investir au Cameroun |
| Comptes mobile money CEMAC, total | 51,2 millions (+28 %) | 2024 | Investir au Cameroun |
| Valeur des transactions mobile money CEMAC, total | 34 778,5 Md FCFA (+20,33 %) | 2024 | Investir au Cameroun |
| Établissements de microfinance en CEMAC | 521 | fin 2024 | Sikafinance |
| Créances en souffrance des EMF de la CEMAC | 177,8 Md FCFA | fin 2024 | Sikafinance |
| Entrée en vigueur visée du nouveau règlement paiement CEMAC | 1er janvier 2027 | projet | Droit Médias Finance |
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un agrégateur de mobile money ?
Un agrégateur connecte plusieurs opérateurs de mobile money, banques ou marchands via une seule interface technique. Il détient parfois temporairement des fonds appartenant aux clients finaux, sans être lui-même un établissement de paiement agréé, selon Africtelegraph.
Que dit la réglementation CEMAC sur la protection des fonds mobile money ?
Le règlement n°04/18/CEMAC/UMAC/COBAC de 2018 impose aux établissements de paiement agréés de cantonner les fonds de leurs clients dans un compte séquestre sous un jour ouvré, à l'abri de leurs propres créanciers. Il ne mentionne pas explicitement les agrégateurs.
Quand la nouvelle réglementation des paiements en CEMAC doit-elle entrer en vigueur ?
Le projet de règlement qui remplacerait le texte de 2018 vise une entrée en vigueur au 1er janvier 2027, selon Droit Médias Finance. Il créerait une catégorie régulée dédiée à l'agrégation.
Pourquoi les établissements de microfinance ont-ils du mal à accéder aux codes USSD ?
Le communiqué de la COBAC du 25 septembre 2026 évoque cette difficulté sans en détailler les causes ni les acteurs responsables, selon Investir au Cameroun. L'USSD est décrit comme un levier essentiel pour les services financiers digitaux des EMF.
Le Cameroun domine-t-il le marché du mobile money en CEMAC ?
Oui. Le pays concentrait 65,1 % des comptes et 57 % de la valeur des transactions mobile money de la zone en 2024, selon un rapport de la BEAC relayé par Investir au Cameroun.

À propos de l'auteur
Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.
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