
Le 15 juin 2026, l'agence de New Deal Finance à Bonapriso, à Douala, a fermé ses portes. Un mois plus tard, aucune autorité ne s'est exprimée publiquement, aucun remboursement n'a été annoncé, et l'homme présenté comme le propriétaire de l'établissement, Emile Parfait Simb, n'a fait paraître aucune déclaration. Voici ce que l'on sait, ce qui reste incertain, et ce que les épargnants concernés peuvent faire.
Ce qui s'est passé le 15 juin
Selon une note de service datée de mai 2026 et relayée par la presse camerounaise, la direction de New Deal Finance (Global Finance S.A.) a ordonné la fermeture provisoire de ses agences à compter du 15 juin 2026. Le document, signé par Josué Noukam, présenté comme administrateur provisoire de l'établissement, invoque un « déséquilibre important de la trésorerie, devenu insuffisant pour faire face à l'augmentation des demandes de retrait des clients ».
En clair, la direction attribue la fermeture au fait que ses propres clients ont voulu récupérer leur argent. Les salaires du personnel sont restés impayés, et les clients qui avaient déposé une épargne accumulée sur plusieurs mois, parfois plusieurs années, se sont retrouvés face à une porte close sans date de réouverture précise, selon Laurent Diby (237online), ActuCameroun et CamerounWeb, qui ont couvert la fermeture le 18 juin 2026.
À ce stade, aucun chiffre officiel sur le nombre de clients concernés ou le montant total des dépôts bloqués n'a été communiqué par l'établissement ni par une autorité.
Qui est Emile Parfait Simb
New Deal Finance est présentée par la presse comme la propriété d'Emile Parfait Simb, homme d'affaires camerounais déjà connu avant cette affaire. Simb est le fondateur de Liyeplimal, un programme d'investissement à haut rendement devenu par la suite une cryptomonnaie (LimoCoin, puis SimbCoin), ainsi que du Simb Group et de Global Investment Trading.
Ce passé n'est pas anodin pour comprendre le contexte. Plusieurs régulateurs financiers, au Cameroun et ailleurs, se sont déjà penchés sur ses activités : le ministère des Finances camerounais lui a adressé une sommation de cesser la collecte de fonds en 2020, la COSUMAF (régulateur des marchés financiers d'Afrique centrale) et le CREPMF (son équivalent ouest-africain) ont émis des mises en garde en 2020-2021, tout comme l'Autorité des marchés financiers du Québec, qui a qualifié ses activités de « frauduleuses ». Simb a été interpellé à Douala le 26 mai 2022 et placé en garde à vue, avant d'être libéré deux jours plus tard. Des plaintes collectives ont ensuite été déposées contre lui aux États-Unis (New Jersey, juin 2022) et à Paris (juillet 2022) ; la procédure américaine a été rejetée en 2023 pour un vice de forme. Il résiderait aujourd'hui en Russie. Une enquête d'Afrique XXI a documenté ce réseau d'entreprises en détail.
Ces éléments sont documentés et datés, mais ils concernent les activités de Liyeplimal et de Global Investment Trading, pas directement New Deal Finance. Nous les rapportons comme élément de contexte sur la personne présentée comme propriétaire de l'établissement, pas comme une preuve de ce qui se passe aujourd'hui dans cet EMF.
Le statut réglementaire, la partie la plus trouble du dossier
C'est le point que la couverture de presse existante n'avait pas éclairci, et qui change la lecture de l'affaire.
New Deal Finance n'est pas un établissement inconnu des autorités. Il apparaît dans le registre officiel des établissements de microfinance agréés, sous la mention : « New Deal Finance, Ex (REFAMIC), Yaoundé, Mobil Elig-Essono, N°06/351/CF/MINEFI du 11 octobre 2006 », EMF de première catégorie, selon la liste consultable sur le site de la Direction Générale du Trésor (DGTCFM), rattachée au ministère des Finances. Notre propre annuaire, construit à partir d'une liste officielle du ministère des Finances datée du 30 avril 2024, contient une fiche identique.
Mais sur la liste officielle du DGTCFM, les colonnes réservées au président du conseil d'administration et au directeur général de cet établissement portent la mention « ND », non déterminé. Autrement dit, l'autorité de tutelle elle-même n'affiche, à ce jour, aucun dirigeant identifié pour cet EMF.
Ce vide de gouvernance sur un document officiel, mis en regard du fait que la presse présente aujourd'hui Simb comme propriétaire d'un établissement opérant à Douala sous ce même nom, alors que l'agrément original de 2006 est enregistré à Yaoundé, dessine une hypothèse cohérente : le contrôle de cet EMF agréé de longue date aurait changé de mains sans mise à jour formelle et publique du dirigeant auprès du régulateur. C'est une hypothèse, pas un fait établi. Nous n'avons trouvé aucun acte de cession, aucune décision COBAC ni aucun document du registre du commerce confirmant ce transfert de contrôle. Le registre du commerce camerounais (RCCM) n'est pas consultable gratuitement en ligne, ce qui empêche une vérification indépendante à ce stade.
Un mois de silence
Depuis les articles du 18 juin 2026, nous n'avons retrouvé aucun suivi de presse daté de juillet 2026 sur ce dossier : ni annonce de réouverture, ni communiqué de la COBAC ou du ministère des Finances, ni chiffrage du nombre d'épargnants concernés, ni prise de parole d'Emile Parfait Simb ou de New Deal Finance. Nous n'avons pas non plus retrouvé, sur les canaux publics de Simb, de réaction aux informations parues depuis la fermeture.
À titre de comparaison, quand la COBAC place effectivement un établissement sous administration provisoire, elle le fait par une décision numérotée et rendue publique, comme cela a été le cas en juin 2025 pour un autre EMF de Douala, la Nouvelle Financière Africaine (NOFIA S.A.), placée sous administration provisoire pour six mois par la décision D-2025/134 du 25 juin 2025. Aucune décision équivalente concernant New Deal Finance n'a été retrouvée à ce jour dans les sources publiques consultées.
Ce que les épargnants concernés peuvent faire
Si vous avez de l'argent bloqué dans cet établissement, trois démarches sont possibles, dans l'ordre :
- Rassembler vos preuves de dépôt (reçus, relevés, tout document prouvant le montant déposé), avant toute autre démarche.
- Adresser une réclamation écrite à la direction de l'établissement, et en conserver une copie datée : c'est la première étape formelle avant tout recours, et elle constitue une trace utile en cas de procédure ultérieure.
- Saisir le ministère des Finances et la COBAC directement si aucune réponse n'est obtenue, en signalant l'absence de dirigeant identifié sur le registre officiel.
Une plainte pénale reste une option, mais nous ne disposons d'aucun élément permettant d'affirmer qu'elle aboutirait rapidement dans ce dossier précis. La prudence s'impose également sur les démarches menées collectivement dans l'espace public : nous n'avons pas d'information vérifiée sur la situation actuelle à Douala et invitons chacun à privilégier les voies formelles.
Les signaux d'alarme à repérer avant de déposer votre argent
Cette affaire, indépendamment de son issue, illustre des signaux que tout épargnant peut vérifier avant de confier son argent à un établissement de microfinance :
- Un dirigeant que vous ne pouvez pas identifier. Si le registre officiel des EMF agréés n'affiche aucun nom de dirigeant pour un établissement, c'est un signal à prendre au sérieux, pas un détail administratif.
- Une communication qui rejette la faute sur les clients. Un établissement sain n'explique pas une fermeture par le fait que ses clients ont voulu retirer leur propre argent.
- Un changement de nom ou de marque récent sur un agrément ancien, sans explication publique claire sur qui contrôle désormais l'établissement.
- Des promesses de rendement déconnectées du marché, la signature de plusieurs des précédentes structures associées aux mêmes réseaux.
- L'absence de vérification possible de l'agrément et du dirigeant dans une source officielle avant tout dépôt.
Notre article Comment vérifier qu'une microfinance est agréée par la COBAC détaille la marche à suivre, et notre guide complet sur la COBAC explique ce que le régulateur peut faire, et ne pas faire, pour votre épargne.
À retenir
- New Deal Finance (Bonapriso, Douala) a fermé ses agences le 15 juin 2026, officiellement pour un déséquilibre de trésorerie lié aux retraits des clients.
- L'établissement correspond, selon le registre officiel du ministère des Finances, à un EMF agréé depuis 2006 (ex-REFAMIC), dont les postes de dirigeants sont marqués « non déterminé » sur ce même registre.
- Un mois après la fermeture, aucune autorité ne s'est exprimée publiquement et aucune réaction d'Emile Parfait Simb, présenté comme propriétaire, n'a été retrouvée.
- Le lien précis entre Simb et le contrôle légal de cet EMF agréé n'est, à ce stade, pas documenté par un acte public que nous avons pu consulter : c'est l'hypothèse la plus cohérente avec les faits, pas un fait prouvé.
Nous suivons ce dossier
Cet article sera mis à jour si la COBAC, le ministère des Finances, New Deal Finance ou Emile Parfait Simb communiquent sur ce dossier. Si vous êtes vous-même concerné et souhaitez transmettre une information, un document ou un témoignage vérifiable, vous pouvez nous contacter via notre page Contact.
Vérifié le 15/07/2026. Cet article informe et ne constitue pas un conseil juridique ou d'investissement. Les éléments présentés comme des hypothèses ne sont pas des faits établis. Si vous disposez d'informations vérifiables sur ce dossier, contactez la rédaction.

À propos de l'auteur
Diplômé en économie et finances internationales, je suis convaincu que la microfinance est un fort levier de développement pour le continent africain s'il est bien maîtrisé. J'ai donc décidé de contribuer à sa vulgarisation.
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